Littérature étrangère
Paul Harding
Cet autre Éden

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Paul Harding
Cet autre Éden
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Paul Matthieu
Buchet Chastel
28/08/2025
320 pages, 23,50 €
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Chronique de
Aurélie Janssens
Librairie Page et Plume (Limoges) - ❤ Lu et conseillé par 10 libraire(s)

✒ Aurélie Janssens
(Librairie Page et Plume, Limoges)
Après les éblouissants Foudroyés (prix Pulitzer) en 2010 et Enon en 2013, c'est peu dire que le nouveau roman de Paul Harding était attendu ! Une attente pleinement récompensée par cette nouvelle merveille.
Inspiré par l'histoire vraie de Malaga Island au large du Maine, Paul Harding nous raconte l'histoire tragique d'une communauté forcée de quitter son île. En 1793, Benjamin Honey, un ancien esclave affranchi et sa femme Patience, une Irlandaise, arrivent sur l'île inoccupée avec quelques outils et un sac de graines de pommiers. Ils s'y installent et leurs descendants y restent. Toutes et tous vivent de manière très frugale, dans des cabanes insalubres, de ce que la nature veut bien leur donner, hors du temps, hors de la société avec qui ils ont très peu de contact, bien que cette île ne soit séparée du continent que d'une centaine de mètres par un chenal. Alors oui, il y avait de la consanguinité dans cette communauté, oui, la vermine grouillait sur leur tête, leurs vêtements, leurs lits, oui, ils étaient malnutris et ne possédaient aucune éducation. Et c'est armé de sa foi, de bienveillance et du souci de bien faire que Matthew Diamond, un missionnaire blanc, débarque sur cette île. Il veut éduquer les enfants. Il constate rapidement que certains ont des capacités qu'il considère perdues s'ils restent là. Nous sommes au début du XXe siècle, les théories eugénistes se développent, imposant un modèle auquel les habitants de l'île ne correspondent pas. S'ouvrant de ses doutes à sa hiérarchie, Matthew Diamond met en branle une machine implacable qui décide d'exproprier les habitants de l'île « pour leur bien », divisant des familles, plaçant des enfants dans des internats, enfermant d'autres habitants dans des hôpitaux psychiatriques car considérés comme « attardés ». Un roman aussi émouvant que glaçant sur ce colonialisme eugéniste, sur la violence d'un modèle imposé se souciant en réalité très peu des humains qui vivaient paisiblement dans cet autre Éden, ce paradis perdu.