Chronique Numéro 11 de Jonathan Coe

  • Jonathan Coe
  • Traduit de l'anglais par Josée Kamoun
  • Coll. «Coll. « Du monde entier »»
  • Gallimard
  • 13/10/2016
  • 448 p., 23 €

Depuis près de trente ans, par petites touches, l’écrivain britannique Jonathan Coe tisse sa toile. Des personnages que l’on retrouve d’un roman à un autre, des thématiques de prédilection (la société britannique, la politique), un humour subtil, et toujours ce regard vif et décalé. Avec Numéro 11, l’homme araignée nous piège une fois de plus.

Alison et Rachel, deux amies, passent quelques jours chez les grands-parents de cette dernière. Cet été-là, un fait divers fait la une des journaux : le « suicide » de David Kelly, expert à l’ONU ayant un lien avec l’entrée en guerre du gouvernement de Tony Blair contre l’Irak. Cet événement fascine Rachel qui découvre la politique et ses conséquences sur le reste du monde, le tout accompagné des commentaires acerbes de son grand-père conservateur à l’encontre du gouvernement. Cette perte de l’innocence se poursuit par une rencontre étrange avec un personnage mystérieux que les jeunes filles surnomment « la folle aux oiseaux ». Quelques années plus tard, on retrouve Alison étudiante. Elle vit avec sa mère Val, bibliothécaire qui voit, faute de budget, ses heures de permanence diminuer drastiquement. Elle se demande comment elle va pouvoir payer ses factures et passe son temps libre dans le bus pour ne pas payer le chauffage chez elle. Elle croit donc avoir une opportunité en or lorsqu’une émission de télé-réalité l’appelle pour rejoindre une île paradisiaque. En effet, Val fut en son temps la star d’un tube qui n’a malheureusement pas donné suite à une carrière fructueuse. De son côté, Rachel est devenue une étudiante brillante et indépendante, bien qu’un peu timide. Sa professeure de littérature anglaise, Laura, l’invite à passer un week-end dans sa maison de campagne. En fouillant toutes les deux dans un carton plein de VHS, Laura lui apprend l’obsession de son défunt mari pour un film introuvable. De fil en aiguille, Jonathan Coe distille de-ci de-là des éléments étranges, brouille les frontières du genre. Est-on toujours dans une comédie sociale ? Et ce policier qui arrive pour résoudre les meurtres de deux humoristes ? Et cette créature tapie au fond d’un trou béant dans le jardin de la maison où Rachel est devenue préceptrice ? Et ce nom de Winshaw qui réapparaît, des années après Testament à l’anglaise (Folio)… N’en avait-on pas fini avec cette famille ? Et ce numéro onze qui revient de chapitres en chapitres, comme un fil conducteur, ou celui d’une araignée qui tisse sa toile pour piéger le lecteur. Car c’est toute la magie et la malice de Jonathan Coe qui est à l’œuvre dans ce roman. Alors qu’on croit saisir un personnage, des révélations l’éclaire sous un jour nouveau. Alors qu’on croit voir une situation, une scène toucher à sa fin, un rebondissement des plus inattendus nous laisse pantois. Il sait parler de l’Irak, de Tony Blair, de l’art contemporain, de la traite des êtres humains, de la télé-réalité, des Tweets, du monstre du Loch Ness. Il sait égratigner la bourgeoisie, avoir pour personnage principal une noire, lesbienne, unijambiste, nous faire rire et frémir en un seul roman. Tout en saisissant son époque et son pays avec beaucoup de finesse, il glisse une pointe d’imaginaire, tel un géant les pieds ancrés dans la terre et la tête dans les nuages. Prêts pour ce onzième voyage ?

Aurélie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)

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