Entretien À la trace de Deon Meyer

  • Deon Meyer
  • Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Dorst Marin
  • Coll. «Coll. « Seuil Policiers »»
  • Seuil
  • 02/02/2012
  • 736 p., 22.90 €

2012 démarre à un train d’enfer avec une brusque poussée de fièvre africaine, Deon Meyer nous offrant le meilleur roman policier paru depuis des lustres : aussi ambitieux et tortueux que maîtrisé, doté de personnages inoubliables, traversé de poussées d’adrénaline et d’action grand écran, il est à dévorer de toute urgence.

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PAGE : Quel a été le point de départ de l’écriture d’à la trace ?

Deon Meyer : Depuis que j’ai commencé à écrire, j’ai toujours été interpellé par la dictature des schémas types utilisés dans les romans policiers traditionnels et je fais toujours extrêmement attention lorsque je me lance dans l’écriture : je cherche les possibilités de plier, voire de casser, ces règles et codes qui structurent habituellement la plupart des thrillers. Mais une fois que vous faites cela, comment ne pas énerver ou perdre son lecteur ? Le point de départ d’à la trace a donc été mon envie d’expérimenter, de faire quelque chose de vraiment différent et de me lancer un nouveau défi (je suis toujours terrifié à l’idée de stagner en tant qu’auteur et c’est pourquoi j’essaye d’évoluer à chaque livre).

 

P. : Comment avez-vous construit ce livre – la manière dont vous mêlez intrigues et personnages, les temporalités et les différentes narrations est ébouriffante, le final relevant d’un vrai tour de force ?

D. M. : Merci du compliment. J’ai écrit à la trace exactement comme il se présente, au fur et à mesure, ce qui fut la plus redoutable épreuve d’écriture que j’ai eu à affronter : c’était comme recommencer un nouveau livre à chaque nouvelle partie, à chaque nouveau personnage entrant en scène.

 

P. : Il y a Milla mais aussi Tanya, Flea, Emma, Janina, etc. Une fois de plus dans ce livre où tout est sur le point d’exploser, dans un genre de littérature traditionnellement dominé par les personnages masculins, vous dessinez d’inoubliables femmes. Est-ce que la présence de femmes de caractère est un élément essentiel lorsque vous vous lancez dans un nouveau roman ?

D. M. : Pour être honnête, je ne pense pas en termes de : « je dois impérativement inclure une forte femme » dans mon récit. Pour moi, l’histoire doit déterminer les personnages. Et si le récit, à mon humble opinion, fonctionne mieux avec une héroïne alors le choix se fait automatiquement.

 

P. : Quand et pourquoi avez-vous remis sur le devant de la scène quelques-uns de vos précédents héros (Lemmer, qui apparaissait dans Lemmer l’invisible, Matt Joubert dans Jusqu’au dernier, et même l’ombre de Benny Griessel, personnage principal de Treize heures – à noter qu’il n’est absolument pas nécessaire d’avoir lu ces ouvrages pour lire à la trace ) ?

D. M. : Comme je vous l’expliquais précédemment, j’essaye de laisser l’histoire imposer les personnages. Et si un de ces personnages que j’ai créé précédemment est fait pour le rôle, je suis heureux de le faire revenir. Cela me fait gagner beaucoup de temps car je les connais déjà et je n’ai pas besoin d’effectuer tout le travail de recherche nécessaire à la création d’un personnage. De plus, je dois bien admettre que certains sont devenus comme de vieux amis le temps passant. Ils me manquent. Je m’inquiète pour eux et, au moins, quand je les réinstalle dans un de mes livres, je sais ce qu’ils sont en train de faire.

 

P. : Vous écrivez en afrikaans, comment cela nourrit-il votre écriture ?

D. M. : C’est une question très intéressante mais il est difficile d’y répondre ! La langue est l’outil de l’écrivain et je pense que le talent d’écriture d’un auteur est déterminé par sa connaissance et son habileté à utiliser cet outil. Je ne peux même pas m’imaginer écrire dans une autre langue. L’afrikaans est uniquement employé en Afrique, comme le Zoulou ou le Xhosa, et pour moi, il reflète les textures, les couleurs, l’atmosphère et les émotions de ce merveilleux continent. Alors la réponse est peut-être que simplement l’afrikaans me permet de rester honnête vis-à-vis de l’environnement sur lequel j’écris.

 

P. : La situation que vous décrivez en Afrique du Sud semble un peu plus sombre à chaque livre et votre description de la police (la partie avec Matt Joubert notamment) et de l’État sud-africain est effrayante. Ne voyez-vous pas d’espoir ?

D. M. : C’est une grande tristesse pour l’écrivain de thrillers, le risque que les lecteurs étrangers extrapolent les faits de son livre pour en déduire des généralités sur la véritable situation de l’Afrique du Sud alors que le genre policier fait qu’il écrit sur les parts d’ombre d’une ville ou d’un pays (j’utilise souvent l’exemple de la Scandinavie qui détient certainement le plus important taux d’auteurs de romans policiers par habitant. Si vous vous serviez de leurs livres comme un état des lieux de la région, la plupart des gens seraient terrifiés à l’idée d’aller les visiter). Je suis extrêmement positif pour l’Afrique du Sud et le futur de mon pays. Bien sûr, comme le reste du monde, nous avons des problèmes à résoudre. La pauvreté est notre plus grande cause et l’éradiquer est la clef de notre succès. Mais je suis heureux de vous dire que nous sommes en bonne voie (l’Afrique du Sud est le pays avec le budget le plus transparent au monde selon Open Budget Index ; l’Afrique du Sud est le seul pays africain à faire partie du G20 ; l’Afrique du Sud arrive 31e sur 184 pays dans le classement des pays respectant les libertés et la démocratie, etc.)

 

P. : Pour terminer, quelles sont vos influences ?

D. M. : En grandissant, je me suis fait les dents sur les grands maîtres : John MacDonald, Ed McBain, John le Carré, Frederick Forsyth… et je les aime toujours autant. Aujourd’hui, j’adore lire et j’ai beaucoup de respect et d’admiration pour Michael Connelly, Robert Harris, Ian Rankin, Dennis Lehane, Douglas Kennedy… Et bien d’autres.

Propos recueillis par Stanislas Rigot, Librairie Lamartine, Paris 16e

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