Dossier L'Orgie de John Fante

L’histoire de John Fante se mêle à celle des États-Unis, le « rêve américain » et surtout l’envers du décor. Il aurait pu garder de ces désillusions une forme d’amertume, mais il a préféré les raconter dansses romans avec beaucoup d’humour. Et c’est avec une immense joie que l’on retrouve ses personnages truculents.

Alors, plutôt Bandini ou plutôt Molise ? Pour qui connaît un peu l’œuvre de John Fante, vous aurez reconnu les doubles fictionnels de l’auteur. C’est à la série Molise qu’est consacrée la nouvelle moisson de ré-éditions et leurs couvertures « punchy » des livres de Fante, chez 10/18. L’Orgie, publication posthume, est constituée de deux grandes novellas : l’une donne son titre à l’ouvrage, l’autre s’intitule 1933 fut une mauvaise année. On y trouve la genèse des thèmes chers à Fante. Un jeune homme, fils d’une famille d’immigrés italiens ayant quitté les Abruzzes pour vivre le rêve américain, découvre petit à petit le vrai visage de son père. Placé sur un piédestal, il voyait en lui un homme intègre, travailleur, prêt à tous les sacrifices pour nourrir sa famille. Mais la mère, qui a déjà des doutes depuis un moment sur les « passe-temps » de son mari, envoie son fils accompagner son père et un ami lors d’un week-end de « travail » dans la montagne. Si l’on songe au titre du roman, on se doute de ce à quoi va bien pouvoir assister ce fils. Dans la seconde novella, on le retrouve quelques années plus tard, sur le point de choisir ce qu’il veut faire de sa vie. Et si son père a bon espoir qu’il reprenne l’entreprise de maçonnerie, lui se voit plutôt intégrer une grande équipe de base-ball, sport dans lequel il semble exceller. Un nouveau chapitre d’une vie et de nouvelles désillusions à affronter. Ce roman d’apprentissage est le point de départ d’une œuvre qui n’aura de cesse de questionner les rapports familiaux, la déception d’un fils, la rancœur qu’il garde pour ce père très loin d’être le modèle qu’il espérait et l’urgence de quitter cette famille étouffante qui n’est qu’un nid à problèmes. Mais peut-on réellement se couper de ses racines ? Dans Les Compagnons de la grappe, on retrouve un Molise quinquagénaire, père de famille à son tour, auteur et scénariste. Il a finalement plutôt bien réussi sa vie. Mais il est appelé par son frère pour tenter de réconcilier père et mère qui veulent, une fois de plus divorcer. C’est à contrecœur qu’il accepte de revenir à San Elmo. Sur place, il se rend compte que cette excuse n’était qu’une manigance et qu’un nouveau piège est sur le point de se refermer sur lui. Un piège où son père n’a, encore une fois, pas le beau rôle. Heureusement, il va bientôt pouvoir enfin tourner la page. Enfin, pas complètement ! S’il semble avoir réglé ses problèmes avec le passé, c’est à un présent plus qu’encombrant qu’il va devoir faire face dans Mon Chien stupide. Car si le couple formé par ses parents n’était pas un modèle, celui d’Henry, après 25 ans de mariage, semble battre de l’aile. Et cette fois-ci, ce ne sont pas les enfants qui pourront le sauver mais peut-être un gros chien libidineux et paresseux à souhait. Une nouvelle variation des thèmes chers à Fante : le couple, la famille, la transmission. Tout n’est pas rose chez les Molise, loin de là. On se dispute, on se réconcilie autour d’un plat d’aubergines au parmesan, arrosé de vin italien. Dans ces trois romans, Fante y a mis la vie, tout simplement, avec ses aspérités et surtout la dose d’humour nécessaire pour y faire face.

Aurélie Janssens Librairie Page et Plume (Limoges)

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