Dossier Frankenstein de Sous la direction d’Alain Morvan

Une pleine lune, une lame de parquet qui grince, une vieille demeure en ruine, une brume basse sur un paysage désertique, le cri d’une chouette effraie… Il n’en faut pas plus pour que vos poils se hérissent ! Les sens en alerte, vous vous glissez plus profondément dans votre lit, votre fauteuil, et vous scrutez le moindre recoin sombre de la pièce.

Si ces « codes » amènent ce genre de réaction, c’est que, de tout temps, les hommes, de manière cathartique, ont joué à se faire peur, à susciter cette crainte primaire, à faire surgir de soi ces angoisses. De la tragédie grecque aux films d’horreur, en passant par le théâtre élisabéthain, les contes ou encore les nouvelles fantastiques, la violence et le macabre ont toujours fait recette. Mais il est un genre qui concentre à son paroxysme tous ces éléments : le roman gothique. Cependant, comme le rappelle Alain Morvan dans sa préface au Frankenstein et autres romans gothiques, paru dans la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade », le gothique, en littérature, n’est pas un genre ou une école. Comme les démons qu’elle libère, la littérature gothique est difficile à cerner, à enfermer. Ses contours sont flous, se perdent dans les recoins obscurs des romans traditionnels. On peut, certes, trouver des éléments récurrents : des personnages mystérieux, obsessionnels, ambigus, de la violence, du sang, des déviances sexuelles, des tabous qui explosent, des victimes peu innocentes et des bourreaux malgré eux. Ce choix de textes est loin de constituer une anthologie exhaustive, ce sont « cinq récits parmi les plus représentatifs », explique Alain Morvan qui a traduit (sauf L’Italien) et annoté ces récits, les ordonnant de manière chronologique. Le Château d’Otrante de Walpole ouvre logiquement le recueil. Présenté comme la traduction d’un manuscrit imprimé à Naples en 1529, le roman est, dès le début, placé sous le signe de la duplicité et du mensonge. Malédiction, événements surnaturels et spectres hantent cette tragédie. Vathek est présenté comme le plus orientaliste des romans gothiques. Beckford y raconte, en effet, la chute du calife Al-Wathiq, reniant l’islam pour tenter d’acquérir des pouvoirs surnaturels. Démons et activités licencieuses dominent ce roman écrit, dit-on, en trois jours. Dans Le Moine de Lewis (20 ans au moment de sa rédaction !), un moine tenté par le diable sombre dans la débauche. La subversion de cet ouvrage n’a pas amusé la censure qui empêcha sa publication. La religion est aussi au cœur du roman L’Italien ou le confessionnal des pénitents noirs de Radcliffe, agrémenté d’un soupçon de critique de l’aristocratie et publié en 1797 – la Révolution française est encore fraîche. Enfin, Frankenstein de Mary Shelley clôt cet ensemble. Si des images de monstre vert balafré vous viennent en tête, il faut lire le roman et découvrir qu’il est dominé par bien plus de subtilité et de sentiments que ses adaptations cinématographiques. La vie de Mary Shelley et de son célèbre mari, Percy, sont l’objet du dernier roman de Judith Brouste, où l’on apprend que les déviances sexuelles et les idées de révolte et de liberté présents dans ces romans gothiques sont assez peu éloignés de la vie et des convictions de leurs auteurs. Avec ces deux ouvrages, stupre et revenants feront bon ménage dans votre bibliothèque !

Aurélie Janssens Librairie Page et plume (Limoges)

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