Littérature française
Timothée Zourabichvili
Plomb
-
Timothée Zourabichvili
Plomb
Sabine Wespieser éditeur
08/01/2026
200 pages, 18 €
-
Chronique de
Sarah Gastel
Librairie Adrienne (Lyon) - ❤ Lu et conseillé par 10 libraire(s)
✒ Sarah Gastel
(Librairie Adrienne, Lyon)
Dans un premier roman aussi fascinant qu’irrespirable, Timothée Zourabichvili rapporte ce mal-être grandissant qu’est l’isolement chez les jeunes, à travers l'histoire de deux solitudes prêtes à commettre l’irréparable.
Deux jeunes gens silencieux sont assis côte à côte sur le lit d’une chambre louée pour la nuit. Elle est concentrée sur un puzzle, lui la regarde, lui fait sentir qu’il est là. Ils semblent ne pas se connaître comme s’ils s’étaient retrouvés là par hasard. Neuf mois auparavant, ils ont pourtant eu une relation sexuelle. Quand elle l’a appelé pour lui dire qu’elle était enceinte, il a d’abord souri, se sentant puissant, se sentant un homme. Mais très vite, le fait qu’elle ait « un truc dans le ventre » est devenu beaucoup moins drôle. Et maintenant, l’enfant de cette première et unique fois et qui n’a pas de nom est endormi dans un panier près d’eux. Le jeune homme qui se sent piégé a un plan. La jeune fille va-t-elle obéir et accepter de rentrer dans le monde qu’il lui propose ? Plomb, huis clos glaçant et fable cruelle à l’écriture âpre, conte l'histoire d’« un faux couple mais avec un vrai enfant », livré à lui-même, sans soutien, rattrapé par des responsabilités pour lesquelles il n’est pas prêt. Deux capsules de vie, deux points de vue sourds à l’autre qui dévoilent tout au long de ce premier roman à la construction impressionnante, très cinématographique, le chemin qui a conduit à cette situation intenable et son issue. Distillant un malaise jusqu'à la révélation de la dernière page, Plomb est un voyage dans les méandres d'une humanité en perte de repères, dans une société toujours plus atomisée. Il dit avec radicalité le vertigineux isolement de la jeunesse, la recherche d’identité et explore les concepts de normalité et de monstruosité. Timothée Zourabichvili nous force à accueillir ses deux personnages, à écouter ce qu’ils ont à dire. Si cette confrontation avec les violences de notre société dérange, nous fait vaciller, c’est qu’elle est en prise avec une réalité que l’on refuse de traiter.