Chronique Les Huit Chiens des Satomi de Yamada Fûtarô

Huit chiens, qui sont aussi huit guerriers intrépides issus d’une malédiction lancée par des forces maléfiques. Nanso Satomi Hakkenden, épopée japonaise écrite sous l’ère Edo par Bakin (1767-1848) et ici réinterprétée par Yamada Fûtarô, est un hymne à la bravoure guerrière autant qu’une plongée dans la foisonnante mythologie nippone.

Ère Chôroku, xve siècle. Le château du seigneur Satomi est sur le point de tomber. Hagard, le malheureux promet la main de sa fille Fusehime au chien Yatsufusa en échange de la tête de son assaillant. Ce dont s’acquitte ce chien aux vertus guerrières extraordinaires, qui, de surcroît, comprend le langage des hommes. De ses noces monstrueuses naîtront huit guerriers dotés des huit vertus cardinales confucéennes. Évidemment, avec une telle parenté, les huit frères sont promis à une destinée fabuleuse. C’est ainsi que débute cette fresque historique que s’approprie avec bonheur Yamada, maître incontesté du roman de cape et d’épée japonais. Histoire, sens moral exacerbé, symbolisme débordant, dualisme et merveilleux se mêlent pour composer cette histoire de samouraïs parfaitement conforme au genre. La bravoure, la loyauté et l’honneur sont au cœur d’une intrigue qui laisse peu de répit au lecteur, emporté dans un tourbillon de rebondissements. On tremble au bruit des fers qui se croisent, on frémit pour Hamaji, douce et frêle comme le jonc, enlevée par le scélérat Aboshi, on frissonne lorsque surgissent des spectres hideux et on sourit aux nombreux traits d’humour distillés par l’auteur. La bouillonnante inventivité de Yamada se complète de quelques audaces narratives, comme cette scène où le lecteur est propulsé en 1813 dans la maison de Bakin lui-même, alors que l’écrivain est lancé dans la rédaction de son nouveau roman Les Huit Chiens des Satomi de l’Awa méridional et qu’il demande à son ami le peintre Hokusai de l’illustrer. Dans une ingénieuse mise en abyme, Yamada double la geste guerrière d’une passionnante épopée littéraire, qui met donc en scène l’auteur du populaire Yomihon, une œuvre à laquelle il consacra trois décennies de sa vie. Manière d’évoquer la création littéraire dans le Japon du xixe siècle, mais aussi, par répercussion, de s’interroger sur le travail d’un écrivain à l’orée du xxie siècle. Il est temps de découvrir ou redécouvrir ce classique de la littérature japonaise, lui-même inspiré du classique chinois Au bord de l’eau. Venez faire connaissance avec ces huit jeunes guerriers téméraires unis pour sauver le clan Satomi et conjurer le sortilège de la femme blaireau Tamazusa.

Sarah Gastel Librairie Terre des Livres (Lyon)

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