Littérature étrangère

Cristina Rivera Garza

L’Invincible Été de Liliana

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Chronique de Sarah Gastel

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Rassemblant tous ses talents de chercheuse, romancière et poétesse, Cristina Rivera Garza livre un incandescent récit d’amour et de révolte, redonnant vie à sa sœur. Une révélation de cette rentrée.

En 1990, dans un monde où le féminicide n’existait pas, avant qu’il ne soit inscrit dans la loi et donc reconnu comme un crime au Mexique, Liliana Rivera Garza, la sœur de l’autrice, est assassinée. À l’époque, sa famille se replie sur elle-même dans une ville qui « ouvre grand les mâchoires du machisme ». Trente ans après, l’autrice décide de retourner dans son pays natal pour rouvrir l’enquête et tenter de comprendre l’engrenage qui a mené au drame. Elle fait revivre sa sœur à travers les souvenirs de ses proches et lui redonne voix en retranscrivant des extraits de ses cahiers, notes, lettres... archives endormies que personne n’avait touchées depuis trente ans. Dans ce livre qui n’est absolument pas l’autopsie d’un crime mais au contraire une plongée dans une jeunesse étincelante et pleine de rêves, on la découvre enfant sous le ciel furieusement bleu de Toluca, petite ville conservatrice. Puis adolescente à la sortie de l’enfance ou encore étudiante à Mexico, se passionnant de plus en plus pour son champ d’étude. Sont exhumés son désir d’indépendance, sa découverte de l’invincible été qu’elle portait en elle et, en creux, l’ombre inquiétante d’un petit ami dont elle tentait de se séparer depuis des années. À travers ce portrait mosaïque inoubliable, Cristina Rivera Garza expose les mécanismes de la violence et de l’emprise, montre comment, à l’époque, personne n’avait à disposition le langage nécessaire pour identifier et dénoncer cette violence masculine. Elle explore aussi la douleur itérative de la perte : peut-on être heureux quand on est en deuil ? Un récit célébrant la vie et la mémoire, porté par une écriture limpide et acérée. Une magnifique évocation de ce qui aurait pu être, d’une liberté que rien désormais ne peut plus contraindre. Un grand texte.

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