Chronique Judas de Amos Oz

  • Amos Oz
  • Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen
  • Coll. «Coll. « Du monde entier »»
  • Gallimard
  • 25/08/2016
  • 352 p., 21 €

Auteur d’une œuvre abondante reconnue dans le monde entier et traduite dans plus de trente-cinq langues, Amos Oz revient avec un roman admirable, qui sonde avec audace l’histoire de son pays, Israël, ainsi que l’âme humaine. Une invitation au dialogue et à la réflexion la plus libre possible.

Qu’elle décrive la vie dans les kibboutzim, utopie nécessaire des débuts de l’État d’Israël, ou traite de la Guerre des Six Jours ou de la cohabitation avec les populations arabes, l’œuvre du grand auteur israélien constitue un bulletin ininterrompu de l’histoire de l’État hébreu. C’est aussi un formidable instantané de la société israélienne contemporaine avec ses zones d’ombre et de lumière. Mais grâce à son écriture, qui étreint au plus près les émotions et les contradictions humaines, Amos Oz, très régulièrement sélectionné pour le prix Nobel, touche à l’universelle comédie humaine. Judas confirme son talent à évoquer des sujets majeurs avec une scénographie mineure: un huis clos dans une petite maison du centre historique de Jérusalem entre trois personnages, dix ans après que la ville a été divisée en deux. « L’histoire se déroule en hiver, entre fin 1959 et début 1960. On y parle d’une erreur, de désir, d’un amour malheureux et d’une question théologique inexpliquée », annonce le narrateur dès la première page. Shmuel Asch est un étudiant en théologie côtoyant le Cercle du renouveau socialiste et menant un mémoire de maîtrise sur Judas dans la tradition juive. Sans le sou et le cœur brisé, il tombe sur une annonce singulière, à l’élégante écriture féminine. C’est ainsi que le jeune homme devient homme de compagnie pour un vieux monsieur cultivé de 70 ans, en échange d’un petit salaire et d’un logement. Commence alors une étrange cohabitation entre le jeune homme et le volubile Gershom Wald. Et la petite maison en pierre délabrée devient le lieu de grandes discussions politiques et religieuses. Au cours de longues veillées (passionnantes aussi pour nous lecteurs !) seront interrogés la création de l’État d’Israël, la question de la Palestine, les idéaux du sionisme, les relations entre le judaïsme et le christianisme, mais aussi la figure du traître à travers le personnage de Judas et de Shaltiel Abravanel, qui s’était opposé à la création unilatérale d’un État juif. Mais sous le même toit vit aussi l’évanescente Atalia qui fascine Shmuel par sa beauté. Plus âgée, mystérieuse et laissant dans son sillage de subtiles fragrances de violette, sa présence intrigue le jeune homme qui comprendra très vite qu’un secret la lie au vieil homme. Réflexion passionnante et érudite sur l’histoire d’Israël, Judas est aussi une belle histoire d’amour flirtant avec le roman d’apprentissage, le jeu d’un trio improbable et touchant qui s’apprivoise progressivement au fil de leurs conversations dans lesquelles se reflètent les tumultes de l’Histoire, ainsi que leurs espoirs et leurs craintes. L’écriture dense d’Amos Oz, aux images obsédantes, capte les petits détails insignifiants et s’engouffre dans les moindres caches, contre le silence des froides soirées d’hiver, la solitude des gens et notre inextinguible besoin de consolation. Une lecture passionnante, parfois un peu exigeante, pour un grand texte sur l’espoir et la réconciliation.

Sarah Gastel Librairie Terre des Livres (Lyon)

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