Chronique Une pincée de terre et de mer de Dina Nayeri

Savoir bien mentir est un talent nécessaire dans l’Iran postrévolutionnaire des années 1980. D’autant plus quand on est une femme. Saba, l’héroïne, va très vite le comprendre. Une pincée de terre et de mer, ou comment la fable et l’imaginaire se dressent contre la folie.

Deux années après l’avènement de la République islamique, Saba, qui pensait partir aux États-Unis avec sa mère et sa sœur jumelle, est séparée d’elles dans des circonstances étranges. Seule avec son père, notable chrétien, elle grandit à Cheshmeh dans la province du Gilan, loin des pasdars omniscients et des émeutes de la capitale. Nourrie des contes et des sucreries au miel de ses nourrices, Saba partage une amitié indéfectible avec Reza et Ponneh, et s’étourdit dans la lecture interdite de livres en anglais. Sous le régime des mollahs, symbole d’un nouvel Iran sinistre, le mensonge devient un art élémentaire pour cacher tout ce qu’il y a d’agréable dans la vie : les chevelures féminines, la musique, la danse, la boisson, la coquetterie, la joie débordante. Mais une autre inquiétude sourde ronge la jeune fille : l’absence de sa sœur. Persuadée que cette dernière n’est pas morte un jour de 1979, elle se réfugie dans son imaginaire, estompant la frontière entre le mensonge et la vérité, le maast et le dough, en tissant la vie américaine de Mahtab, reflet de ses propres espoirs. Élevée à bonne école auprès de conteuses et de bonimenteurs, Saba déploie le fil invisible qui la relie à sa sœur tout au long de ce beau et lent roman ; car c’est grâce « aux contes que l’on retrouve ceux qui sont loin de nous ». À sa vie de jeune femme mariée de force, font écho de manière fantasmée les études universitaires à Harvard et les amours romantiques et agitées de sa jumelle. Saba s’enfoncera de plus en plus dans les fables jusqu’à s’éloigner dangereusement de ses aspirations profondes. Témoignage sensible de la vie en Iran dans les années 1980, Une pincée de terre et de mer est un premier roman ambitieux qui célèbre l’imagination et le pouvoir des mots. Dina Nayeri tisse un conte subtil, tout de chuchotements féminins.

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Sarah Gastel Librairie Terre des Livres (Lyon)

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