Chronique La Confession de la lionne de Mia Couto

  • Mia Couto
  • Traduit du portugais (Mozambique) par Elisabeth Monteiro Rodrigues
  • Coll. «Coll. « Bibliothèque portugaise »»
  • Métailié
  • 22/01/2015
  • 240 p., 18 €

En cette rentrée littéraire hivernale, l’écrivain mozambicain revient avec l’histoire d’un chasseur de lions mangeurs d’hommes et de rêves, et d’une jeune femme qui vit en marge des siens, pour qui l’existence est devenue une langue étrangère.

Dans le village de Kulumani, traversé par le fleuve Lideia, des lions tourmentent la population. Le chasseur Arcanjo se lance à la poursuite des fauves en compagnie d’un écrivain venu faire un reportage sur cette chasse très particulière. Au sein de la bourgade isolée, gouvernée par des lois qui ne semblent appartenir ni à Dieu ni aux hommes et où règnent les esprits, les deux acolytes se trouvent rapidement pris dans les relations complexes de la communauté. Les villageois sont les animaux mêmes qu’ils prétendent chasser, tandis qu’une pesante hostilité affecte les relations entre les hommes et les femmes. Mariamar, sœur de la dernière victime, a sa propre idée sur la cause de ces attaques. Chérie par son grand-père, qui lui donna ses premières armes, les mots, pour affronter un monde où « Le vrai nom de la femme est Oui », elle a déjà rencontré Arcanjo lorsqu’elle était adolescente. Ces deux voix, celle de la jeune femme et celle du chasseur reproduites dans son journal, alternent au fil des chapitres pour nous décrire la rencontre avec les lions, réceptacle des fantasmes et des frustrations des habitants. Dans ce « village sans dames », théâtre de jeux de pouvoir et de domination, Mariamar et son amie Naftalinda tentent de remettre la raison au cœur des relations humaines. S’inscrivant dans la lignée de L’Accordeur des silences (« Suites »), le nouveau roman de Mia Couto est une magnifique fable, dont l’âpreté est adoucie par une langue poétique, luxuriante et enchantée, à l’inventivité folle. Traversé de part en part par une cosmogonie féminine et peignant une vision politique et sociale à l’intérieur d’un univers chancelant, La Confession de la lionne conjugue avec brio les éléments du réalisme magique et nous aide à nous réconcilier avec nos peurs. « Vivre est incurable », et la prose de Mia Couto console.

Sarah Gastel Librairie Terre des Livres (Lyon)

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