Littérature étrangère
Simona Lo Iacono
La Guérisseuse de Catane
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Simona Lo Iacono
La Guérisseuse de Catane
Traduit de l'italien par Serge Quadruppani
Métailié
20/02/2026
176 pages, 20 €
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Chronique de
Sarah Gastel
Librairie Adrienne (Lyon) -
❤ Lu et conseillé par
9 libraire(s)
- Manuel Hirbec de La Buissonnière (Yvetot)
- Nathalie Iris de Mots en marge (La Garenne-Colombes)
- Hélène Menand de du Parchamp (Boulogne-Billancourt)
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- Sarah Gastel de Adrienne (Lyon)
- Deborah Vedel de Les Temps modernes (Orléans)
- Séverine Aumont-Sanz de Volte pages (Olivet)
- Roxane Couly-Laruelle de Le A (Le Plessis Robinson)
- Mélanie Dallara de Goulard (Aix-en-Provence)
✒ Sarah Gastel
(Librairie Adrienne, Lyon)
Simona Lo Iacono nous conte, dans une Catane survoltée, carrefour de peuples et de langues, l’histoire de la première femme à être devenue médecin dans la Sicile du XIVe siècle alors que les sciences et la médecine étaient une affaire d’hommes. Une réussite qui tient le lecteur captif.
Dès sa plus jeune enfance, Virdimura apprend de son père, médecin juif respecté, érudit et toujours gai, ne refusant jamais à quiconque ses services, les propriétés des herbes et des plantes, l’examen des urines et l’observation du ciel ainsi que l'anatomie du corps humain. Il lui enseigne aussi, au cœur des quartiers les plus pauvres, comment soigner les corps et les âmes, sans distinction de religion ni de classe sociale. La nécessité de l’humanité dans les soins et l’abolition des frontières entre « panser » et « penser ». Sans amis, la jeune fille grandit solitairement, diablesse pour les uns, impure pour les autres, jusqu’à ce que l’amitié de Pasquale, jeune homme destiné à devenir docteur, vienne rompre cet isolement. Adulte, faisant fi des accusations de sorcellerie dont elle doit se défendre, Virdimura choisit de soigner les indigents, les marginaux et les femmes qui ont subi des violences, et crée un hôpital dans lequel « aucun médecin n’[est] plus important que le malade ». Elle s'entoure d’un « groupe d’exilées et de trahies » qu’elle instruit patiemment suivant leurs aptitudes et avec qui elle produit une grande partie des médicaments employés. Et c’est devant la commission de juges réunie pour décider si elle doit lui accorder la licence de soigner qu’elle relate, âgée, toute sa vie aiguillée par un précepte : « La médecine ne requiert pas du talent. Seulement du courage. » Éclot un récit à la première personne absolument captivant, traversé par les émotions d’une femme inoubliable, plein de rebondissements, et qui se singularise par une langue sensorielle, créant un monde de couleurs, d’odeurs, de fluides et de sons, où la chair jouit ou souffre, embaume ou pue. Au cœur d’une Catane, « bête immense et tourmentée » se débattant « entre la montagne de feu et la mer », où tout le monde se débrouille un peu dans tous les dialectes, en proie à la famine, à la peste et aux superstitions, l’autrice italienne livre un beau portrait de femme qui se lit comme un roman d’aventures au rythme enlevé et une histoire d’indépendance. Elle s’empare de quelques sujets qui étreignent notre modernité comme la domination masculine, le soin, le droit à la connaissance ou encore les ravages de l’intolérance. On trouvera aussi dans ce texte court et chatoyant, magnifiquement traduit par Serge Quadruppani, le sourire chaleureux d’une gaie sagesse, une ode à l’altérité ainsi qu’une héroïne radicalement universelle par son insoumission.