Chronique Lumières de Pointe-Noire de Alain Mabanckou

Sarah Gastel Librairie Terre des Livres (Lyon)

Après vingt-trois ans d’absence, Alain Mabanckou retourne à Pointe-Noire, ville de son enfance, et égrène dans ce livre à mi-chemin entre fiction et autobiographie des souvenirs enfouis ainsi que les ombres et lumières de cette ville de cœur. Lumières de Pointe-Noire est né de ce retour au bercail à la fois douloureux et salvateur.

Invité par l’Institut français à participer à quelques conférences, Alain Mabanckou retourne « au bord du ruisseau des origines » non sans quelques appréhensions. Sa mère est morte en 1995. Papa Roger, son père adoptif, dix ans après. Et le fils prodige n’est pas rentré pour ces deux funérailles. Ces deux fantômes seront les premiers héros de ce récit sensible et touchant. C’est donc sous la figure tutélaire de la vieille femme aux miracles inaugurant le roman, double de sa mère qu’il n’a pas vu vieillir ni mourir, que l’auteur raconte en vingt-cinq petits chapitres ses retrouvailles avec une armée de parents et exhume son enfance avec « une pioche corrodée par le sel des regrets ». Déambulant dans les rues à la recherche d’indices qui lui rappelleraient les vadrouilles de son enfance et retournant sur les lieux fondateurs que sont la cabane de maman Pauline, le cinéma Rex devenu église pentecôtiste et le lycée Victor-Augagneur, l’auteur se remémore le panthéon des personnages emblématiques de son enfance. Ainsi, aux portraits émouvants consacrés à la mère, en alternent d’autres truculents comme celui de Grand-Mère Hélène et ses marmites de nourriture régalant les gourmands, ainsi que celui du volubile Grand Poupy et de ses techniques infaillibles pour faire tomber les demoiselles. Se font aussi jour des souvenirs convoqués à la manière des réminiscences proustiennes, tels que celui de la fragrance de la pomme verte, fruit exotique par excellence, ou des épisodes initiatiques à l’image de la partie de chasse dans la brousse lors de laquelle Alain, pas plus haut qu’une chèvre, découvre son double animal. Parfois, le territoire fantasmé de l’enfance pétri d’une cosmogonie congolaise se fêle face à la réalité observée, modelée par le temps passé. Aux évocations empreintes de tendresse se mêlent le présent en demi-teinte, les retrouvailles douces-amères avec les siens gâtées par des histoires de famille et de francs CFA, les difficultés de revenir chez soi en étranger. Pour autant, l’auteur pose toujours un regard bienveillant et souriant sur son pays où l’enchantement et le sacré éclairent les choses d’une vérité nouvelle et nourrissent son écriture et son imaginaire. Car si l’auteur fait ses adieux à sa ville natale à la fin de son séjour, « l’eau chaude n’oublie jamais qu’elle a été froide ».

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