Chronique Le Sable était brûlant de Roger Smith

  • Roger Smith
  • Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Elsa Maggion
  • Coll. «Coll. « Robert Pépin présente »»
  • Calmann-Lévy
  • 18/09/2020
  • 344 p., 20.90 €

Après Mélanges de sangs et Blondie et la mort (Le Livre de Poche), Roger Smith poursuit sa plongée dans une Afrique du Sud toute de feu et de sang, où la violence, la misère et les sangomas fauchent la jeunesse et corrompent l’innocence. Le Sable était brûlant est le nouveau sauf-conduit de l’auteur pour l’enfer.

Scène 1 : début d’après-midi aux alentours du Cap. Décor apocalyptique de rochers et de cendres léchés par le soleil. Quatre personnages sont dans une voiture : Robert Dell, son épouse Rosie et leurs jumeaux. Apparition d’un pick-up. Gros plan sur l’aile noire et le gros pneu aux sculptures noueuses. Percussion violente entre les deux véhicules. Projection de Dell sur le bitume. Tonneau dans les airs de la voiture familiale. Chute dans le vide. Noir. Scène 2 : Dell ouvre les yeux. Flash-back. Les souvenirs explosent : le pick-up, les cris, le ravin. Panoramique et plongée dans le précipice. Plan sur la voiture qui se consume. Dell crie et crache du sang. Il s’évanouit. Noir. Adieu Rosie, Mary et Tommy. Bonjour vengeance, culpabilité et chagrin. C’est ainsi que débute le cauchemar éveillé de Robert Dell qui, comble de l’insupportable, va être accusé du meurtre des siens. Il tente de se défendre mais comprend très vite qu’il s’agit d’un coup monté par le pouvoir qui prend corps avec Inja Mazibuko. Il semblerait que ce flic et chef zoulou surnommé « le Chien » en veuille méchamment à sa vie. Placé en détention provisoire, Dell est kidnappé par l’être qu’il abhorre le plus au monde : son propre père, ancien mercenaire de la CIA, « une sorte de Tommy Lee Jones dans un rôle secondaire » qu’il n’a pas vu depuis vingt-cinq ans. Ce dernier est bien décidé à rendre justice à son fiston. Une fois ce duo improbable réuni, la chasse à l’homme peut commencer ! Sur la route asphaltée, chaque pointillé de ligne blanche rapproche Dell de l’homme qui a massacré sa famille. Dans cette jungle où chacun a à perdre et peu à gagner, les deux hommes rencontreront Disaster Zondi, ancien flic à la recherche de son passé, et Sunday, promise à un mariage forcé et travaillant au « Royaume zoulou », attraction tribale pour touristes. Avec Le Sable était brûlant, Roger Smith ausculte un pays nécrosé par les inégalités sociales, la corruption, la drogue, les gangs, les superstitions tribales et le sida. Les divisions du passé ressurgissent à chaque coin de rue. Le pouls est faible et la mort survient à chaque arrêt de bus. Cette noirceur, toujours plus insupportable au fil de ses polars, se révèle ici particulièrement insidieuse puisqu’elle s’infiltre sournoisement dans le sang du pacifiste Dell. Cet ex-objecteur de conscience fait alors un constat sans appel : la vie se résume à un combat de chiens et survivre est la pire des choses qui puisse lui arriver. Toujours sur le fil du rasoir, Dell repousse ses limites, à l’image de l’écriture incisive et nerveuse de l’auteur, tendue à l’extrême. Jusqu’à la rupture ? Un thriller noir et explosif à la violence brute, porté par une voix singulière d’où émane, subrepticement, la poésie du chaos. Magistral !

Sarah Gastel Librairie Terre des Livres (Lyon)

Les autres chroniques du libraire

À VOS MARQUES, PRÊTS, LISEZ !

Panne d'inspiration ?

Nos libraires vous conseillent à domicile
tous les vendredis pour vous et vos enfants

Je veux recevoir 6 idées lectures pour moi et ma famille

@