Littérature étrangère
Camila Sosa Villada
Je suis une idiote de t'aimer
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Camila Sosa Villada
Je suis une idiote de t'aimer
Traduit de l'espagnol par Laura Alcoba
Métailié
09/01/2026
196 pages, 21 €
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Chronique de
Sarah Gastel
Librairie Adrienne (Lyon) - ❤ Lu et conseillé par 14 libraire(s)
✒ Sarah Gastel
(Librairie Adrienne, Lyon)
Camila Sosa Villada n’a pas fini de nous surprendre et de nous émerveiller. Après Les Vilaines et Histoire d'une domestication, elle livre neuf histoires inoubliables et férocement humaines.
Avec Je suis une idiote de t’aimer, l’autrice argentine met en lumière les parcours de vie de plusieurs héroïnes (enfants, femmes trans, grands-mères, bonnes sœurs) qui subissent les violences d’une société malade. Face à la brutalité du quotidien qui leur est imposé, l’appel à ne pas se résoudre à la soumission et à se réinventer apparaît comme une stratégie de survie. Et la camaraderie une forme de salut. On croise ainsi, dans la nouvelle qui porte le nom du recueil, deux jeunes coiffeuses mexicaines, Ava et Maria, qui travaillent dans un salon de beauté de Harlem et se lient d’amitié avec Billie Holiday. Dans « La nuit ne laissera pas le jour se lever », une prostituée trans invite ses amis à manger des scones dès que ses finances le lui permettent. « Femme écran » met en scène une jeune femme qui offre ses services comme petite amie de location pour hommes gays. Dans « Le goûter », une petite-fille demande à sa grand-mère, autour d'une tasse de thé au lait, pourquoi elles sont couleur marron. D’autres nouvelles prennent une coloration plus inquiétante comme « Le foyer de la compassion » où l’on assiste à la renaissance de Flor dans un couvent étrange dirigé par des religieuses énigmatiques et peuplé de chiennes aux pattes de cheval. Avec ce recueil, Camila Sosa Villada crée un espace littéraire vénéneux et tendre, à la musicalité omniprésente, où le réalisme, l’amour et l’humour côtoient le gothique et l’imaginaire fantastique, où la rugosité du monde imprègne les corps. Son don de mettre le réel à vif, en faisant adroitement converger les contraires ‒ la fureur et la tendresse, la terreur et la beauté, le trash et le lyrique ‒, fait à nouveau mouche. Ces histoires capiteuses et singulières devraient aussi convaincre les plus rétifs au format « nouvelles ».