Dossier Histoires bizarroïdes de Olga Tokarczuk

Sarah Gastel Librairie Terre des livres (Lyon)

Surréaliste et facétieuse, immanquablement fascinante, l’œuvre de l’écrivaine polonaise Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature 2018, dépoussière les conventions littéraires pour le plus grand plaisir du lecteur. Ses Histoires bizarroïdes constituent une porte d’entrée idéale dans son univers hors normes.

Depuis Dieu, le temps, les hommes et les anges (Robert Laffont, 1998), qui l’a fait connaître en France et Sur les ossements des morts (Noir sur blanc, 2012), prodigieux polar écologique dans les Sudètes où le règne animal laisse libre cours à sa fureur (tout juste réédité par les éditions Libretto), c’est bien la même imagination stupéfiante qui guide Olga Tokarczuk. Le même souci d’abolir les lisières des genres et des registres, le même soin de faire un pas de côté, entre réel et imaginaire, pour s’affranchir d’un réalisme qui ne peut plus dire notre monde. Son nouveau recueil d'Histoires bizarroïdes en est la parfaite illustration. On y rencontre des enfants verts, couverts d'humus et vivant au cœur des forêts polonaises du XVIIe siècle (dans un ingénieux conte philosophique), une famille vivant avec des androïdes qui s’occupent des diverses tâches domestiques ou encore une femme sur le point d’expérimenter un processus de « transfugation » qui lui permettrait de se métamorphoser en animal et de retourner dans le monde sauvage. Dans ces histoires qui captent à merveille les questionnements de notre temps, les temporalités s’entrechoquent tout comme s’estompent les frontières entre l’étrange et le commun, l’homme et la nature, la mort et le désir d’immortalité. L’auteur excelle à nous dévoiler d’autres possibles et l’on sourit des propos d’un de ses personnages : « Une fois en chemin, je n’étais guère rassuré, j’ignorais tout de ce pays tellement éloigné du monde que je connaissais ; aussi me considérais-je comme une sorte d’excentrique – une personne ayant quitté le centre où l’on sait toujours à quoi s’attendre ».  Voilà une parole qui pourrait avoir lieu de manifeste littéraire ! Cela explique peut-être la farandole de figures étranges, d’anonymes toqués et de doux rêveurs qui peuplent ces dix fables. D’êtres solitaires en proie à l’absurde quotidien dans des nouvelles aux ambiances kafkaïennes (« Les bocaux » ou « Les coutures »). D’étrangers qui nous ressemblent profondément et qui nous incitent à questionner le sens de la vie, l’altérité et notre inconsolable solitude.

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