Littérature française

Diaty Diallo

Darya & Dounya

✒ Linda Pommereul

(Librairie Le Failler, Rennes)

Darya & Dounya, le nouveau roman de Diatty Diallo, nous embarque dans un voyage intérieur foisonnant et explosif qui explore toute la complexité d’une crise intime, avec sensibilité et mordant.

Les textes de Diatty Diallo mettent en scène des femmes qui débordent : désirantes, contradictoires, vulnérables, indociles. À travers son écriture nerveuse, elle explore les désordres amoureux, familiaux et sociaux, mais aussi les injonctions qui pèsent sur le corps féminin. Après Deux Secondes d’air qui brûle, un récit intime sur le racisme systémique et la violence qui souffle sur nos sociétés, elle nous offre un texte aussi incendiaire, Darya & Dounya, qui raconte le parcours d’une jeune femme d’une trentaine d’années, Dounya qui, après une suite d’épreuves, tente de se reconstruire en renouant avec celle qu’elle était enfant, insouciante et rêveuse. Darya, son moi jeune devient une sorte de double qui incarne la partie d’elle-même qu’elle a oubliée. On comprend très vite qu’elle vient de perdre son emploi et de se « faire larguer » ; une énième déception qui s’ajoute à cette impression qu’elle a grandi avec l’idée que sa vie ne vaut pas la peine d’être gardée en mémoire. Dounya est une femme fatiguée, morcelée, fille d’immigrés qui travaillait dans une association. Elle a subi la violence des hommes en silence, sans prendre conscience de son impact, et sent que sa couleur de peau est un problème même pour son patron, un raciste de gauche qui s’ignore. En pleine introspection, elle décide de régler ses comptes avec des lettres et des audios « de haine », à l’intention de ceux qui l’ont insultée, humiliée, violée : des hommes ordinaires, selon elle. Peut-être l’unique moyen d’archiver et de déposer sa douleur pour renaître. Une mise à nu brute et sans masque dans des écrits à l’aune de sa colère, qui surgissent dans une langue rugueuse, virulente, sincère. Elle ne cherche ni à pardonner, ni à effacer, seulement redevenir elle-même avec cette nécessité de poser des mots pour ne plus être enchaînée.

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