Polar

Gwenaël Bulteau

Maudite soit la guerre

✒ Linda Pommereul

(Librairie Le Failler, Rennes)

Que ce soit à Lyon, Alger ou Paris, avec des ouvriers, des insurgés ou des soldats, Gwenaël Bulteau impressionne toujours autant. On apprécie la plume de cet auteur et ses atmosphères qui savent saisir les palpitations du monde et des époques.

Après La République des faibles ou Malheur aux vaincus, Maudite soit la guerre, le quatrième roman de Gwenaël Bulteau, nous entraîne une fois de plus au cœur de la IIIe république, une période de l’Histoire qu’il affectionne particulièrement. Nous sommes à Paris en 1917, dans une capitale qui agonise mais qui semble croire que la guerre vit ses dernières heures. Un meurtre est commis dans un quartier tranquille et l’enquête débute. Mais comme notre auteur aime dérouter ses lecteurs, il installe une double narration lui permettant de déployer une reconstitution historique de grande qualité, notamment par son souci du détail et son incroyable acuité à saisir les enjeux humains dans un monde en plein chaos. Nous suivons deux familles, les Dorgel et les Guynemer, qui ont vu partir les pères sur le front tandis que les mères assurent le quotidien, pleurent leurs morts et font fonctionner l’économie du pays. Maxence Dorgel, un incorrigible chapardeur, et Jeanne Guynemer s’aiment et vivent leur vie. Lui sera bientôt mobilisé et rêve de suivre les traces de son père, son héros. Elle nourrit le fol espoir d’être actrice et de s’affranchir des conventions sociales. Mais un meurtre a été commis et notre paisible inspecteur Soubielle compte bien éclaircir cette affaire qui, si elle a les couleurs d’un fait divers, se révélera plus complexe dans sa résolution. Car Philippe Ménard, notre victime solitaire, est peut-être moins innocent qu’il n’y paraît. Au-delà de cette enquête qui tient le lecteur en haleine, Gwenaël Bulteau nous immerge dans une ville en ébullition où les patriotes se mêlent aux déserteurs, où l’horreur ronge les âmes et où les vivants savourent les dernières miettes d’un monde en train de disparaître. Maudite soit la guerre qui tue les rêves, exacerbe les tensions et fait pleurer les mères.

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