Chronique Les Lance-flammes de Rachel Kushner

  • Rachel Kushner
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise Smith
  • Coll. «Coll. « La Cosmopolite »»
  • Stock
  • 14/01/2015
  • 560 p., 23 €

Linda Pommereul Librairie Doucet (Le Mans)

Les Lance-flammes de Rachel Kushner est un roman ambitieux et original, qui met en scène un monde intimement et finement observé, rempli de personnages dont le désir premier est d’exister. Mais le livre est aussi un portrait perspicace de notre culture, partagée entre création et révolution.

L’intrigue des Lance-flammes est le plus souvent rapportée par une jeune femme surnommée Reno, qui débarque dans le quartier de Soho où elle fréquente un groupe d’artistes fantasques et souvent paumés. Elle rencontre Sandro Valera, qui fait son éducation intellectuelle et sentimentale. Héritier d’un empire industriel, il laisse à son frère aîné Roberto la direction de l’entreprise familiale de pneus et de motos. Reno est en admiration devant cet homme, qui maîtrise son destin et assume ses choix. Le premier roman de Rachel Kushner, Télex de Cuba (Points), suivait plusieurs familles dans la tourmente des grands bouleversements sociaux à Cuba pendant les années 1960. Les Lance-flammes explore un thème similaire, notamment à travers la mise en scène de l’effervescence politique des années de plomb en Italie. Kushner, comme beaucoup d’autres romanciers américains, éprouve une fascination pour la politique révolutionnaire des années 1960-1970. Pourtant, le texte de Kushner suit d’autres pistes. Son personnage principal est une jeune femme de 20 ans sous le charme d’un mentor plus expérimenté. Reno est un personnage complexe. Motarde obsédée par la vitesse, considérée officiellement comme la femme la plus rapide de la planète et qui souhaite marquer le monde artistique de son empreinte, elle n’incarne pas la représentation du genre féminin dans la littérature. En réponse à l’innocence un peu naïve de Reno, le regard de l’auteure se fait plus caustique, notamment quand est décrit le milieu artistique des années 1970. Rachel Kushner anime le roman avec des portraits de camés et des artistes narcissiques qui revendiquent leurs échecs et leurs frustrations, failles apparemment nécessaires à l’élaboration de projets… qui avorteront finalement à cause de la médiocrité de leurs auteurs. Les Lance-flammes est un roman trouble et mélancolique. Des artistes scandaleux de Soho, aux superbes paysages de l’Ouest américain lors du voyage de Reno à moto, le roman prend un tournant spectaculaire à l’évocation des événements politiques qui mettent l’Italie à feu et à sang. Suite à sa séparation avec Sandro, Reno est accueillie par un groupe d’activistes radicaux. Elle assiste alors à sa première manifestation et devient le témoin d’un enlèvement et de la mort d’un homme. Les artifices et l’art du mensonge qui ont tant préoccupé les artistes new-yorkais sont éloignés des considérations politiques des militants italiens ; et le mot liberté n’a plus le même sens ni la même saveur. Il a le goût du sang des années de plomb qui ont ravagé l’Italie. Kushner sonde avec habileté les croyances et les valeurs personnelles. L’interaction entre la création artistique et l’engagement politique est portée par le personnage de Reno, libre d’être qui elle veut. Pourtant, les désillusions, les tromperies et les échecs l’amèneront à un constat douloureux sur le sens à donner à sa propre existence.

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