Polar
Dolores Redondo
Celles qui ne dorment pas
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Dolores Redondo
Celles qui ne dorment pas
Traduit de l'espagnol par Isabelle Gugnon
Gallimard
05/03/2026
584 pages, 21 €
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Chronique de
Linda Pommereul
Librairie Le Failler (Rennes) - ❤ Lu et conseillé par 13 libraire(s)
✒ Linda Pommereul
(Librairie Le Failler, Rennes)
Dolores Redondo, l’écrivaine des tempêtes, poursuit sa tétralogie avec Celles qui dorment en imposant sa mécanique et ses rites, une écriture minérale et sensorielle au service d’une enquête vertigineuse. Un récit qui rend hommage aux femmes et explore nos peurs collectives en quête d'une possible rédemption.
Dolores Redondo est l’autrice de la trilogie de Baztan, véritable phénomène éditoriale en Espagne et au-delà des frontières. Outre la dimension policière, elle inaugure un genre littéraire à part entière : le polar mystique ! Après le succès de sa trilogie, d’autres titres seront plébiscités par la critique et adaptés à l’écran comme Tout cela je te le donnerai ou La Face nord du cœur. En 2022, elle commence une tétralogie, Les Vallées tranquilles, dont le premier opus, En attendant le déluge, confirme son aura. Dans ce polar virtuose, l’autrice s’empare d’une affaire criminelle non résolue, celle de Bible John, un tueur écossais soupçonné du meurtre de trois jeunes filles. Elle immerge alors le lecteur dans une traque obsessionnelle. Dolorès Redondo nourrit ses trames narratives d’éléments qui lui sont familiers en exhumant la mémoire collective et intime dans des lieux qui imprègnent le récit d’une onde magnétique et insondable. Les paysages, sources inépuisables d’inspiration pour l’autrice, confèrent une ambiance singulière teintée de brume et d’embruns. De Glasgow au Pays basque, la nature et la ville servent de métaphore à la noirceur humaine en mêlant suspense et lyrisme dans des ténèbres qui rendent plus complexes ses personnages. Avec Celles qui ne dorment pas, l'autrice nous ramène dans la région de Baztan pour un thriller inspiré d’un drame : l’exécution d’une femme pour sorcellerie durant la guerre civile espagnole. Tout commence peu avant le confinement. Alors que Nash Elizondo, psychologue médico-légale, organise des fouilles dans le gouffre de Legarrea en Navarre, elle découvre le corps d’une jeune fille : Andréa Dancur, portée disparue depuis trois ans. Cette découverte permet la réouverture de l’enquête. Nash n’est pas policier, elle étudie les traces laissées par les victimes. Elle devient la voix des morts quitte à se confronter au silence des proches. L’autrice nous plonge dans un polar atmosphérique où les secrets se murmurent à voix basse surtout que la disparition de la jeune femme n’est peut-être pas un cas isolé. Des éléments étranges semblent lier la communauté à des histoires plus anciennes et à des rancœurs qui datent de la guerre civile, entraînant notre légiste dans une histoire plus complexe qu’il n’y paraît. Les évènements s’enchaînent à un rythme effréné dans un polar sous tension avec un soin tout particulier apporté à la construction des personnages, de leur force et de leur contradiction. En explorant ainsi blessures intimes et secrets collectifs, chaque révélation fait vaciller nos certitudes.