Chronique Hôtel Adlon de Philip Kerr

Par Linda Pommereul, Librairie Doucet, Le Mans

Cet Hôtel Adlon est une petite merveille, mon préféré de la série des Bernie Gunther. Tout est réussi, une intrigue captivante, une galerie de personnages complexes et attachants et un héros, Bernie, plus en forme que jamais, qui n’a décidément rien à envier aux illustres Sam Spade et Philip Marlowe.

Avec ce sixième volet de la série Bernie Gunther, Philip Kerr va encore une fois ravir les amateurs de bons romans policiers. Publiée pour la première fois entre les années 1989 et 1991, La Trilogie berlinoise, qui comprend L’Été de cristal, La Pâle Figure et Un requiem allemand, met en scène le IIIe Reich entre 1936 et 1938, et sa ruine à la fin de la guerre. Cette trilogie a pour personnage principal un privé désabusé, ex-commissaire aux méthodes intègres, Bernie Gunther, qui voit l’Allemagne s’enfoncer peu à peu au fond d’une démence meurtrière et sans retour. La Trilogie berlinoise est une enquête ahurissante dans les coulisses de l’Histoire. Gunther enquête lors des Jeux Olympiques de 1936 dans un Berlin nettoyé, apprêté pour séduire l’Europe et le monde ; il investigue également à l’intérieur des zones d’ombre une fois la guerre terminée, dévoilant de sombres intrigues menées par des rescapés de la grande débâcle et déterminés à reprendre le pouvoir. Le talent de Kerr réside d’abord dans l’élaboration d’une intrigue ciselée à la manière d’un orfèvre, efficace, documentée, mais aussi dans la construction de personnages aux traits subtils et complexes. Ses personnages sont réalistes, c’est pour cela qu’ils sont si terrifiants. L’originalité réside aussi dans l’approche historique, car, enquête après enquête, les volumes de la série dissèquent la mécanique du national-socialisme, auscultent la montée du nazisme et la séduction que l’idéologie opère au sein de la société, les accords de Munich, Goering, Heydrich, etc. Ce bref éloge de La Trilogie berlinoise est loin d’être surfait. Ce texte est un incontournable pour les amateurs de polar. De plus, Philip Kerr est passé maître dans l’utilisation des flash-back et des enquêtes croisées. À la fin d’Une douce flamme, les lecteurs ont laissé Bernie en Argentine où il continue à élucider des affaires et à rechercher les criminels de guerre nazis qui se terrent en Amérique du Sud. Dans Hôtel Adlon, retour aux sources. Nous sommes à nouveau à Berlin en 1934. Gunther est chargé d’y assurer la sécurité des résidents du luxueux hôtel Adlon. L’ambiance y est fort agréable, jusqu’au jour où le dirigeant d’une entreprise de construction est retrouvé mort dans sa chambre. Comme si cela ne suffisait pas, le cadavre d’un jeune boxeur juif est repêché. Y aurait-il un lien entre ces deux meurtres ? Ne vous inquiétez pas, notre privé veille.

Ce texte est un pur bijou. Comme toujours, l’intrigue est travaillée, sculptée. Les rebondissements sont brillants et innovants, l’auteur sait maintenir un suspense permanent. La réussite avec laquelle est évoqué le décalage entre le luxe et l’atmosphère faussement tranquille de l’hôtel, et la vie des Allemands ordinaires rendue oppressante par l’ordre nouveau, les premières discriminations contre les juifs, la montée progressive de la tyrannie, révèle le talent de l’écrivain. Et puis il y a l’humour et l’air débonnaire du héros. Mais sous ses dehors de privé fripé et un brin contemplatif, se cache la complexité d’un homme contraint, parfois malgré lui, de participer au mouvement de l’Histoire. Le tout est de savoir comment il y participe…

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