Chronique Moronga de Horacio Castellanos Moya

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Linda Pommereul Librairie Doucet (Le Mans)

Horacio Castellanos Moya écrit par nécessité, celle de témoigner et de dénoncer une histoire collective, celle des dictatures qui gangrènent l’Amérique latine dans un chant tragique, celui des égarés et des survivants.

L’abondance et la qualité de son œuvre, servie par une plume féroce et lucide mais non dénuée d’un certain humour, traduisent l’engagement et la passion de cet éternel agitateur. Veilleur impénitent, Castellanos Moya est un auteur incontournable pour comprendre les dégâts provoqués par les régimes en place en Amérique latine et en particulier au Salvador. Des récits variés où il fustige les politiques, le clergé, les notables mais aussi les chefs de la guérillera, ainsi que les intellectuels avec une rage non dissimulée. Dans Moronga, il met en scène les destins croisés de deux Salvadoriens, en exil, entre résignation et résistance. Zeladon est un ex-guérillero taciturne et discret. Après la guerre civile, il a fui le Salvador pour se réfugier aux États-Unis sous une nouvelle identité. Mais son âme est vide, sans rédemption possible, souillée par les différents crimes et exactions commis. Il s’efface dans une vie monotone, partagée entre les petits boulots et les déménagements. Installé dans la petite ville de Merlow City, il rencontre un compatriote, Erasmo Aragon, professeur d’espagnol qui enquête en secret sur la mort de Roque Dalton, un poète révolutionnaire assassiné par ses compagnons qui pensaient qu’il avait trahi la cause en devenant un agent de la CIA. Zeladon cherche la paix en acceptant sa condition, au contraire d’Aragon qui est un personnage tourmenté, en proie à ses névroses et à des addictions qui troublent parfois sa perception de la réalité. Mais il est vivant. Deux survivants qui se répondent dans une quête existentialiste, dans le silence ou le mouvement, dans l’inexistence ou la lutte. Chacun a sa vision de sa propre identité, thème récurrent dans l’œuvre de Castellanos Moya. Échapper à l’errance offre tout un espace de création à qui veut comprendre la notion intime de l’exil et du déracinement.

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