Chronique Les Caves du Potala de Sijie Dai

Linda Pommereul Librairie Doucet (Le Mans)

En ces temps de catastrophes et de violences, Dai Sije, tel un sage, interroge l’art et la beauté comme fondamentalement liés à la destinée humaine, comme un enjeu urgent et permanent de notre liberté.

De Balzac et la petite tailleuse chinoise au Complexe de Di, pour ne citer que ces deux titres de Dai Sije (disponibles en Folio), les différentes œuvres de cet auteur discret témoignent de sa passion pour la liberté et pour l’art, mais surtout de sa lutte permanente contre toute forme d’oppression. À la répression, il oppose la liberté de penser, de s’exprimer et de s’élever. Les Caves du Potala ne déroge pas à cette règle. Imaginez ce haut lieu spirituel envahi par une troupe de jeunes gardes rouges fanatisés. Nous sommes en 196. Ces jeunes étudiants des beaux-arts agissent sous la férule d’un garçon particulièrement cruel surnommé « le loup ». Ils retiennent prisonnier l’ancien peintre du palais, Btsan Pa. Dans leur folie, ils multiplient les exactions, profanent les lieux. Mais dans leur rage, ils oublient l’essentiel°: la beauté. Ils détruisent les objets sacrés et les plus grandes œuvres d’art bouddhique. Anéanti et impuissant, le vieux peintre se réfugie dans ses souvenirs. Ils se souvient des longues heures d’apprentissage, de ce don exceptionnel qui va lui permettre de gravir les échelons et d’obtenir la confiance de ses pairs. À la suite d’une vision, accompagné du régent, il part en quête du tolkou, l’enfant destiné à succéder au défunt dalaï-lama. Dai Sije promène alors l'imagination du lecteur dans un monde incroyable où la palette du peintre joue avec la présence de la nature sublimée par l’harmonie des lieux. Dai Sije célèbre l’art et la liberté grâce au portrait de cet homme qui incarne un idéal et qui s’est transcendé par la création artistique et la contemplation. Dans ce récit poétique et esthétique où souffle le vent de l’inquiétude concernant l'épreuve de l'Histoire face au patrimoine, Dai Sije approfondit sa réflexion sur la place de l’art dans la société, en espérant que l’art synonyme de liberté sauvera peut-être le monde.

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