Chronique Laissez-moi de Marcelle Sauvageot

Par Linda Pommereul, Librairie Doucet, Le Mans

Texte admiré et encensé depuis sa parution en 1933, ce récit intimiste et unique de Marcelle Sauvageot est une longue lettre pour dire le tourment créé par la rupture amoureuse. Entre tragédie et élégie, un texte majeur sur la séparation.

Salué par les plus grands, de Claudel à Clara Malraux et de Valery à Chardonne, ce texte défie le temps grâce à la modernité de son style. Un texte écrit pour ne pas être publié, car Laissez-moi, qui portait d’abord le titre Commentaire, est une longue lettre qu’une femme s’adresse à elle-même suite à une rupture. De retour au sanatorium, malade, condamnée par la peste blanche, elle écrit avec l’énergie du désespoir ce court récit. Un texte unique, authentique, sans concessions. Marcelle Sauvageot excelle dans l’analyse de cet amour perdu, dressant l’inventaire des fausses illusions et des petites hypocrisies qui bercent les amoureux pas encore repentis. Surtout, elle dit l’absurdité de la souffrance suite à l’abandon de l’amant, alors que l’amour qui persiste rend terrifiante la rupture. Lors de sa publication en 1934, le texte laisse ému et admiratif. D’ailleurs, Clara Malraux dira de celui-ci : « Commentaire aurait du être une date dans la littérature féminine ». Le livre ressemble à ces « flammes très pures défiant la vie », selon Crevel, une œuvre unique pour l’éternité. Laissez-moi se présente comme un dialogue entre Marcelle et l’amant, un échange sur le dérisoire et l’éphémère de la passion amoureuse. Digne et sereine, Marcelle Sauvageot se dévoile et met en scène cet homme dont la passion a diminué jour après jour, jusqu’à s’évanouir complètement, au point que, suprême affront, il se marie avec une autre en utilisant la lettre de rupture comme un catalogue de défauts, bien utile à justifier son acte. Outre la blessure de la rupture, l’auteur s’interroge sur le couple et la place donnée aux femmes. Marcelle Sauvageot est une femme indépendante, elle n’éprouve aucun penchant pour l’amour fusionnel dans lequel elle risquerait de se diluer. Je suis en admiration devant la force morale de cette femme, qui, il ne faut pas l’oublier, n’a pas écrit ce livre pour vous lecteur mais pour elle-même. C’est ce qui donne toute sa force à ce texte d’une fulgurance et d’une limpidité presque orgueilleuses. Grâce à l’écriture, elle affirme sa volonté de vivre sans concessions et avec rage, alors que la maladie la tue peu à peu. Son texte crie l’amour vécu et perdu avec une intensité et une sincérité qui m’ont bouleversée. Une sincérité qui doit tout à une grande maîtrise au cœur même de la souffrance et de la passion. Elle ne veut pas non plus de l’amitié que lui offre son inconséquent amant, qui tente ainsi de se déculpabiliser. Certains critiques argueront que les écrits sur la rupture amoureuse sont pléthoriques. Certes, mais Laissez-moi est un texte unique qui sonne comme un cri, un cri sans aigreur, palpitant d’émotion.

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