Chronique Le Syndrome de Fritz de Dmitri Bortnikov

LINDA POMMEREUL, Librairie Doucet, Le Mans

Le Syndrome de Fritz est le symbole de la cruauté qui gangrène notre monde ; il est la représentation d’un voyage initiatique qui nous mène au dépouillement extrême et à l’oubli de soi dans une société à la dérive.

Dmitri Bortnikov est né à Samara en 1968. Il a commencé par travailler comme aide-soignant dans une maternité. Après ses études, il s’enrôle comme volontaire dans l’armée et, après son service, devient cuisinier puis bibliothécaire. Sa vocation littéraire émerge cependant très tôt, mais il n’est publié en Russie qu’à partir de 1998. La même année, il s’installe en France où il vit actuellement. Son premier roman, Le Syndrome de Fritz, a obtenu le Booker Prize russe en 2002. Le voici enfin traduit. Le roman se déroule à Paris, dans un squat d’émigrés probablement peuplé de clandestins. On y rencontre un certain Sergio qui tente de faire vivre ce monde de marginaux et d’exclus dépourvus de papiers et de droits. Parmi cet univers obscur des bas-fonds fait de détresse, erre une étrange silhouette, celle de Fritz, qui s’obstine à recréer son pays d’origine en se bandant les yeux. Mais cette contrée de fiction n’incarne ni le rêve ni le bonheur. Car avec Dmitri Bortnikov, les éléments sont plus sombres, les hommes plus cruels. Comment peut-on apprécier une littérature qui symbolise le désespoir et la souffrance d’une humanité en quête d’elle-même ? Parce que Dmitri Bortnikov insuffle à ses œuvres l’autodérision nécessaire à l’appréhension d’une telle noirceur ; parce que son style âpre et dense exerce une réelle fascination. Plus il s’enfonce dans la fange et dans l’horreur, et plus il touche au plus profond de l’être. On se retrouve face à un homme nu et aveugle à la recherche d’une existence, quelle qu’elle soit, même la plus hostile. J’avais ressenti cette sensation en lisant Svinobourg : « Une tristesse sans larmes. Comme si on s’inclinait vers la chose qui était la plus chère (…). Une sensation de pesanteur légère (…) Je ne ressentais ni tristesse ni sentiment d’abandon. Je gisais sans souvenirs. » Dmitri Bortnikov nous offre un voyage intérieur au bout de nous-mêmes, déchirant et sublime.

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