Littérature française

Ananda Devi

Chronique d’un royaume perdu

✒ Linda Pommereul

(Librairie Le Failler, Rennes)

Ananda Devi signe, avec Chronique d’un amour perdu, son Cent Ans de solitude mauricien. Une fable polyphonique hallucinée, servie par une langue dont la beauté n’efface ni la rage, ni l’émerveillement.

Traductrice, ethnologue, Ananda Devi incarne une des plus belles voix de l’île Maurice. Sensible aux questions de l’identité et de l’altérité, son écriture est bercée par ses origines et nous prouve que les mots sont un espace de révolte ouvert sur le monde, questionnant les préoccupations d’une époque ‒ la religion, les migrations, le croisement des cultures ou encore la place des femmes. Dans Chronique d’un royaume perdu, elle nous propose un récit qui raconterait le passé, le présent, la mémoire des hommes autant que celle des civilisations. Soit le portrait d’un monde halluciné, parfois décadent et devant sans cesse se battre pour sa liberté car soumis à une logique de société qui le dépasse. Pour lire cette fresque ô combien ambitieuse, abandonnez tout esprit rationnel et laissez-vous guider par les forces telluriques. Nous sommes au Bouchon, petit village isolé de l’île Maurice. Quatre générations s’y succèdent depuis le temps de l’esclavage. Ils sont aujourd’hui cinq jeunes gens issus d’une même lignée, sangs-mêlés nés d’un amour entre maître et esclave, sans savoir qu’ils ont sûrement le même père. Ils s’aimeront, briseront les tabous et, pour cela, seront bannis. Ils érigeront leur propre royaume, un refuge qui abolit les frontières entre passé et présent, réel et magie, vie et mort. Parmi eux, un enfant timide sera le chroniqueur ou le confesseur de ce royaume hors normes qui s’élève au gré de la passion, de la violence, d’un ballet d’émotions et de transgressions où l’on survit plus que l’on existe, où le vice s’étale au grand jour, où la folie côtoie la liberté et le divin. Dans ce récit tenant de la fable et de l’épopée, le lecteur est tout simplement invité à se confronter à la condition des hommes dans une mythologie vivante. Une fresque fabuleuse, sûrement le chef-d’œuvre d’Ananda Devi.

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