Chronique Tropique de la violence de Nathacha Appanah

Linda Pommereul Librairie Doucet (Le Mans)

Tropique de la violence est une plongée dans l’enfer du 101e département français, Mayotte. Nathacha Appanah brise le silence pour nous saisir grâce à la puissance de ses descriptions d’une beauté âpre à couper le souffle.

Tropique de la violence est le sixième roman de Nathacha Appanah, déjà remarquée pour Le Dernier Frère (Points) et La Noce d’Anna (Folio). Après un séjour de plusieurs mois à Mayotte, où elle se sent obsédée par cette île marquée par l’insécurité, une immigration massive, le chômage et une économie au bord de la rupture, elle décide de prendre comme cadre de son roman un homme seul perdu dans ce cauchemar. Tropique de la violence est un texte plein de colère et de révolte, qui s’expriment à travers cinq destins. Les voix alternent au gré de chapitres courts dont la force réside dans le style incisif. Cinq personnages qui subissent chacun à leur manière la fureur d’un territoire au bord de l’implosion. Moïse est abandonné par sa mère biologique à sa naissance, car celle-ci pense que les yeux vairons de son fils portent malheur. Il sera recueilli par Marie, une infirmière en mal d’enfant. Le jour où il apprend la vérité, « il s’est senti un moins que rien, une merde, un gosse qui a fait peur à sa propre mère lorsqu’il est sorti d’elle ». Tout bascule lorsque Marie meurt. Il rejoint alors Bruce, un petit chef de gang sans envergure, mais prêt à toutes les violences pour protéger son territoire. Moïse est un adolescent en rébellion qui vient trouver du réconfort dans le foyer de jeunes créé par Stéphane, un éducateur convaincu que ses efforts vont sortir ses protégés de leur ennui. Moïse s’isole pour lire L’Enfant et la rivière de Bosco, un texte qui lui permet d’échapper à l’animalité qu’il sent monter en lui et de rester fidèle aux principes inculqués par Marie. Nathacha Appanah évoque le désenchantement d’une poignée d’hommes atterrés par la misère et la violence du monde. Un magnifique roman, un hommage aux voix qui hurlent quand elles ne peuvent plus supplier.

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