Chronique Le Poison de Charles Jackson

  • Charles Jackson
  • Traduit de l'anglais (États-Unis) par Denise Nast
  • Coll. «Coll. « Vintage »»
  • Belfond
  • 01/09/2016
  • 384 p., 17 €

Linda Pommereul Librairie Doucet (Le Mans)

Le roman-phare de Charles Jackson, Le Poison est un voyage au cœur du monde de l’alcoolisme, entre troubles psychiques et perversion. Un chef-d’œuvre par sa forme narrative, qui retranscrit au plus près les perturbations liées à cette addiction.

Le nom de Charles Jackson est indissociable de son œuvre majeure, Le Poison, publié en France chez Julliard en 1946 et porté à l’écran par Billy Wilder. Un roman rare, une œuvre très personnelle qui fascine encore aujourd’hui. New York, 1936. Don Birnam est un écrivain raté, rongé par l’alcoolisme, malgré toute la bonne volonté de son entourage, mais surtout celle de son frère Wick, bien décidé à lui faire passer le goût de l’alcool. Pourtant, une fois encore, lors d’un week-end à la campagne, Wick essaye de l’éloigner des bars. Mais Don s’enfuit pour échapper à ce week-end d’ennui programmé, car il préfère se réfugier auprès de sa fidèle maîtresse, sa bouteille de whisky, qu’il retrouve vide chaque matin après une longue nuit de beuverie. Pendant ces cinq longues journées, le lecteur sera l’otage de cette lente descente aux enfers, au point d’éprouver un certain malaise, tant la description est réaliste. Charles Jackson prend de la distance avec son personnage pour mieux éprouver le lecteur, qui assiste impuissant à l’implacable autodestruction de Don. « Une dégringolade qui n’en finit plus. » Une déchéance physique et morale que Don n’arrive plus à contenir dans ses entrailles, car l’emprise de l’alcool provoque une euphorie vécue comme libératrice. Un récit effrayant, insoutenable, tant il paraît inconcevable de parler avec une telle franchise de l’alcoolisme, surtout avec une telle maîtrise de la forme. La narration enchevêtrée entre les souvenirs, la voix intérieure qui ne dissocie plus les pensées des actions réelles, crée une sensation de vertige chez le lecteur. Un texte sans égal, d’une vérité glaçante, qui fait de Charles Jackson l’un des grands écrivains réalistes de son temps, le chaînon manquant entre Sinclair Lewis et Malcolm Lowry.

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