Chronique Dans ma tête, je m’appelle Alice de Julien Dufresne-Lamy

Par Béatrice Putégnat Librairie Pages après Pages (Paris 17e)

Une célébration schizophrénique et ludique de la littérature comme remède aux maux de la vie… À lire pour saluer le pouvoir salvateur des mots et jouer avec la littérature. De l’écriture comme un jeu de rôles… plutôt drôle !

Angélique (marquise des Anges), Dinah (la vieille chatte d’Alice), Holden (l’adolescent buissonnier de L’Attrape-Cœurs)… c’est à un véritable défilé de stars de la littérature que nous convie Julien Dufresne-Lamy dans une parade de monstres sacrés parfois drolatiques, souvent dramatiques, toujours providentiels ! Ce premier roman trouve tout naturellement sa place dans la collection « La forêt » de Stock, tant la forme témoigne d’un vigoureux engagement pour la lecture et l’écriture.

Une chercheuse en mathématiques évoque son existence fantasque dans une famille brisée par l’alcoolisme de sa mère et un secret dissimulé par son père. Jusque-là, rien de bien nouveau pour un premier roman. Pourtant, cette jeune femme bourrée de problèmes, anorexique mais géniale, est habitée depuis l’enfance par tous les personnages des livres qu’elle a lus et adorés. Ce n’est pas une voix qui se donne, ce sont de multiples personnalités qui se déploient. L’héroïne résiste grâce à tous ces héros, à tous ces mots qui lui permettent de tenir en échec la Reine (mère) et ses pions. L’écriture se joue de l’espace et du temps dans une partie de cache-cache très érudite, très drôle aussi, avec la folie. La narratrice égrène ses souvenirs et donne enfin libre cours à son imaginaire débridé et nourri de ses lectures. Le temps de la narration devient un kaléidoscope dont le prisme donne une vision à la fois heurtée et pince-sans-rire d’une vie vécue grâce aux échappées dans les mondes parallèles créés par le pouvoir des mots, de l’imagination. L’héroïne a bientôt 30 ans, puis elle est de nouveau une enfant, elle est ici et maintenant, dans son histoire et à côté, grâce à un humour décalé qui l’arrache au quotidien. Alice tombe, et cependant elle se raccroche à la littérature et à ses personnages, avatars bien réels qui lui permettent d’affronter la vraie vie. Alors, suivez-là dans son terrier Ce n’est pas tous les jours que mathématiques et littérature se liguent pour faire échec à la folie.

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