Chronique La Vieille Dame du riad de Fouad Laroui

PUTÉGNAT BÉATRICE, Librairie PAGES APRÈS PAGES, Paris

Avec La Vieille Dame du riad, Fouad Laroui livre une fable tragi-comique sur les relations historiques, affectives et culturelles de la France et du Maroc. Ou comment une vieille femme fantomatique et énigmatique fait basculer les certitudes et les a priori d’un jeune couple à la recherche du riad de leurs rêves !

« Et si on s’achetait un riad à Marrakech ? » Tout commence par cette question que François pose à Cécile, sa femme. Il faut dire que la torpeur guette nos tourtereaux coincés dans un train-train confortable mais sans grande saveur : « une baguette chaude au petit déjeuner, mon vieux fauteuil, la Fnac, nos amis, la Baule, la possibilité d’une bonne bouteille de vin au dîner… » Bref, sans bouger, « on s’encroûtera, on sera comme un kyste ». Plutôt choisir l’aventure, la vraie, et faire comme Alain Delon, Michel Drucker et quelques autres people, s’offrir un riad à Marrakech ! Quelques formalités plus tard, nos deux ingénus découvrent le Maroc et ses habitants. Leur guide, tour à tour surnommé M. Hhhmmou, Benoît, M. Moudane, poète ou agent immobilier, les aide à dénicher leur nouveau nid d’amour tout en s’appropriant provisoirement leur Dacia de location. Ils sont séduits par le riad de la rue du Hammam et son gigantesque bigaradier en fleurs… Cécile, dont la fibre littéraire et créatrice se développe sous le ciel marocain, décide d’écrire le roman de leur riad. Une fois le décor planté, il ne lui reste plus qu’à trouver l’histoire. Mais que peut-il leur arriver ? En visitant le riad, Cécile a une vision : « une sorte de photo en noir et blanc. Un petit groupe de soldats sur quelque chose qui ressemblait à un quai… » À partir de cette vision en quelque sorte fondatrice, Fouad Laroui laisse libre cours à sa fantaisie et à sa connaissance de l’histoire marocaine pour tisser une fable mêlant fantastique, épique et héroïsme. Car voilà que nos deux Candide découvrent dans une pièce des profondeurs du riad une vieille femme sans âge, qui ne parle pas, ne mange pas, semble posée là de toute éternité. Une aïeule oubliée des anciens propriétaires, une sdf en mal d’hébergement ? Le mystère est entier. Le commissaire Chaabane sort paralysé de sa confrontation avec la vieille femme, le consul ne peut rien pour les deux ressortissants… Reste le voisin, Mansour Abarro, professeur d’université auquel ses élèves grévistes laissent beaucoup de temps pour s’occuper de ses voisins. Et Mansour Abarro a l’impression que la vieille dame lui raconte quelque chose, ou à tout le moins, veut quelque chose. Il décide donc d’écrire, sous sa dictée, l’histoire de Tayeb. Fouad Laroui plonge alors nos héros dans un imbroglio fantastico-drôlatique, prétexte à revisiter l’histoire du Maroc, ses relations avec les puissances européennes, le protectorat français, la guerre du Rif menée par Abdelkrim et l’engagement des Marocains dans la Seconde Guerre mondiale. Récit historique, fable ? En tout cas, François et Cécile ne seront plus jamais les mêmes.

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