Chronique Darling River de Sara Stridsberg

BÉATRICE PUTÉGNAT, Librairie Pages après pages, Paris

Variations autour de Lolita de Nabokov, Darling River, road movie analysant la souffrance que peut entraîner le fait de naître fille pour devenir femme et mère, écorne le mythe de la nymphette.

Dans La Faculté des rêves, Sara Stridsberg livrait une autobiographie rêvée et hallucinée de Valérie Solanas, putain géniale meurtrie par l’inceste, auteure du Scum manifesto et égérie assassine d’Andy Warhol. Avec Darling River surgit une mise en abîme décalée et dérangeante de la Lolita de Nabokov, bien éloignée du mythe de la nymphette à la nitescence radieuse. Ange déchu, petite fille blessée, Lo, adolescente de 13 ans, parcourt les routes avec son père. Prostituée, ses « frères » la retrouvent dans la fange boueuse du fleuve. Jusqu’à la dégradation physique : « Ce n’est pas une maladie. Extraire cette tumeur est impossible (…). Un tatouage autoproduit par le corps. Une malformation que notre raison ne peut saisir (…). Et puis cette structure en forme de papillon…Oui c’est d’une beauté renversante… » Poupée gigogne, Lo a ses avatars. Dolorès Haze par exemple, elle-même en route pour l’Alaska avec son petit ami, Richard. Quand elle le confond avec son beau-père incestueux, elle parle à sa nuque avec une petite voix d’enfant. À l’arrière de la voiture, elle rêve qu’elle accouche d’un fœtus avec « une petite estafilade de laquelle s’écoule toujours du sang ». Elle rêvait de L.A, elle accouchera d’une petite fille mort-née. La mort sera le bout du voyage. Autres lieux, autres dimensions, la mère qui a quitté mari et enfants pour sillonner l’Europe avec son appareil photo. Contrepoint à ces errances féminines, et peut-être trans-générationnelle, les expériences menées par un savant fou sur une femelle chimpanzé encagée du Jardin des Plantes. Enfermée, brutalisée, elle est le féminin animal dominé par l’homme, la science.
Maniant les thèmes favoris de Nabokov, Sara Stridsberg écume les bas-fonds de la condition féminine dans une quête empreinte de noirceur et de poésie, de fange et de roses. Sara Stridsberg a défini la littérature comme « un papillon qui n’a pas de sexe ». Encore un subtil clin d’œil à Vladimir Nabokov, lépidoptériste reconnu !

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