Chronique Peyton Place de Grace Metalious

Béatrice Putégnat Librairie Pages après pages (Paris 17e)

Un livre scandaleux, une série culte qui a inspiré David Lynch, une auteure au destin tragique, la saga Peyton Place ausculte les travers de l’Amérique. Entre brûlot et roman de gare, découvrez ce formidable page turner.

Peyton Place, ma mère ne ratait jamais un épisode. Du haut de mes 12 ans, je la regardais avec un air de commisération agacé. Pppffff ! Comment peut-on se laisser happer par une série américaine formatée pour faire pleurer et frémir dans les chaumières ? Quelques décennies plus tard, je décide de braver mes a priori adolescents et me plonge dans le roman. Et là, j’ai craqué ! Inclassable ! Des années après sa parution aux États-Unis, la lecture de Peyton Place surprend encore par la violence sociale qui préside aux relations entre les habitants de cette bonne petite ville de la Nouvelle-Angleterre. L’Amérique des années 1950 est sérieusement chahutée par la plume acide et l’œil de lynx sans concessions de Grace Metalious. Chronique sociale, roman psychologique, Peyton Place est une peinture au vitriol de l’american way of life. Mais derrière les décors en carton-pâte de la ville américaine-type, le mal rôde. Les taudis abritent la lie de la bonne société incarnée par un père violent, incestueux et alcoolique. Dans les belles maisons, entre les discussions des notables locaux, Peyton Place raconte des histoires de viols, d’inceste, de meurtres, d’hypocrisie, d’adultère. L’image de l’Amérique puritaine se fissure. Les personnages, humains, trop humains, nous disent tout simplement : cela nous arrive, donc cela peut arriver près de chez vous ! Conspué, censuré à sa parution en 1956, Peyton Place fut le second best-seller de l’histoire littéraire américaine. Après Autant en emporte le vent. Ses avatars, série télé et déclinaison lynchéenne, n’en finissent pas de hanter les écrans et l’imaginaire collectif. Comme si elle incarnait dans la vie les failles de ses personnages, Grace a connu la gloire grâce son roman. Mais elle est morte alcoolique à 39 ans sans avoir vraiment affermi son talent littéraire. Peyton Place, œuvre tragique.

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