Chronique Blue Gene de Joey Goebel

PUTÉGNAT BÉATRICE, Librairie PAGES APRÈS PAGES, Paris

Joey Goebel se fait le chantre critique et hilare de l’Amérique profonde aux prises avec ses valeurs et ses démons. Capitalisme, élections spectacle, mensonges… la bannière étoilée en voit de toutes les couleurs au cœur du Midwest.


Eugene Mapother, plus connu sous le sobriquet de Blue Gene, est l’anti-héros parfait. À 20 ans, il traîne son ventre à bières de sa télé aux matches de catch, travaillant à perte en vendant ses jouets d’enfant dans un marché aux puces crasseux et kitch. Il est l’ami des petites gens. Mais Blue Gene, en rupture de famille, est aussi le fils d’Henry Mapother, fabricant de cigarettes multimillionnaire, capitaliste convaincu et pilier du parti républicain. Lorsque John, son frère aîné, se présente aux élections pour devenir sénateur, Elisabeth, leur mère, vient chercher le vilain petit canard pour le convaincre de mener campagne auprès du fils idéal. John a étudié à Harvard. Marié et père d’un petit garçon, il est programmé pour prendre sa place dans la lignée des Mapother, pour gagner et régner. Sa mère a eu la révélation de son destin quasi divin lors d’un rêve récurrent, bric-à-brac de mysticisme et de méthodes fascisantes promptes à écraser d’hypothétiques rivaux sur le chemin du pouvoir. Ses fautes de jeunesse sont oubliées. Pour convaincre son petit frère de représenter la vox populi pendant sa campagne, il met en avant leurs valeurs communes, qui sont aussi les fondements de la société américaine : honneur, liberté, foi. Et Blue Gene cède devant cet idéal autant que devant l’espoir de renouer avec la famille, de retrouver ce père qui l’a toujours cassé et rabaissé. Mais cette réconciliation de façade sous la bannière étoilée volera en éclats aux premières confrontations des uns et des autres. Secrets de famille sordides, prise de conscience de l’hypocrisie des valeurs familiales, histoire d’amour, Joey Goebel livre le roman de l’Amérique avec un humour féroce et une connaissance d’entomologiste, dépeçant ces drôles d’oiseaux qui peuplent les États-Unis d’Amérique, conservateurs bon teint, intégristes et cyniques, petits blancs racistes, etc. Joey Goebel trace le fil aérien d’une autre voie empreinte de charisme, de solidarité et de pacifisme. Mais comme rien ni personne n’est tout blanc ou tout noir, la route est longue pour Blue Gene.

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