Chronique Le Râmâyana de Vâlmiki de Vâlmiki

Par Béatrice Putégnat, Librairie Pages après Pages, Paris 17e

Quarante-huit mille vers, sept volumes, plus de six cents peintures, dix ans de recherche dans le monde, le Râmâyana de Valmiki ciselé par Diane de Selliers est un magnifique monument de la littérature et de l’édition. Plaisir des yeux, joies de l’esprit, un très bel ouvrage pour une épopée grandiose !

« La vie s’écoulant sans retour comme un fleuve, chacun doit s’employer à être heureux », dit Rama. Cette épopée mise en images par Diane de Selliers constitue un beau moment de bonheur. Pendant dix ans, l’éditrice et son équipe ont traqué les miniatures ornant les versions les plus mythiques du Râmâyana, composées entre le XVIe et le XIXe siècle. Une véritable chasse aux trésors empreinte d’érudition et de diplomatie (il a fallu convaincre certains collectionneurs réticents) pour arriver à identifier et dénicher les perles rares. Au XVIe siècle, l’empereur moghol Akbar fait traduire l’épopée en persan et en confie l’illustration aux artistes de l’atelier impérial de Lahore. Sens de la perspective, effets de modelé, réalisme, délicatesse extrême dans la représentation de la nature, ces miniatures, propriété d’un maharadjah, étaient inaccessibles au public et aux chercheurs. Une quarantaine d’entre elles sont pour la première fois reproduites. Autre époque, autre style, les peintures du premier manuscrit hindou commandité en 1649 par le rama hindou Jagat Singh de Mewar, bâtisseur du Taj Mahal, qui cherche à conforter son prestige. À la tête de l’atelier royal, Sahibdin, peintre talentueux et prolifique, privilégie les feuillets de format horizontal en recourant au principe de la narration continue accompagnée d’une perspective plongeante. Chaque œuvre est commentée par Amina Taha Hussein-Okada, conservateur en chef au musée Guimet. Le Râmâyana est une grande épopée fondatrice, un chef-d’œuvre de la littérature indienne. Transmise oralement au fil des siècles, la version écrite la plus célèbre est celle de Valmiki. De naissance modeste, il regardait deux courlis s’ébattre joyeusement, quand le mâle fut soudainement transpercé d’une flèche. Bouleversé, il s’apprêtait à maudire le tireur. Au lieu de cela, il proféra des vers admirables. Alors le dieu Brama apparut et l’invita à écrire l’histoire de Rama. Son œuvre achevée, le poète se retira pour vivre en ascète dans la forêt. Absorbé dans une profonde méditation, une fourmilière recouvrit le corps de Valmiki, devenu dès lors le fils de la fourmilière. Le Râmâyana chante « la longue marche de Rama », prince avatar de Vishnou et sa vie d’ascète et d’exilé, il narre aussi l’enlèvement de Sita, une guerre sanglante ponctuée d’épisodes héroïques, une armée de singes menée par Hanuman, le retour du guerrier… Le Râmâyana n’en finit pas de faire vibrer. Dans sa préface, B. N. Goswany relate les moments d’émotion vécus par sa famille : « Nous pouvions prévoir à quel moment la voix de notre père se briserait…tout était très réel… » Poésie et iconographie de choix, l’émotion s’installe.

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