Chronique Nashville Chrome de Rick Bass

Par Béatrice Putégnat, Librairie Pages après Pages, Paris 17e

Loin de l’imagerie country rutilante et frisant le kitsch, Rick Bass joue une partition nostalgique empreinte de sueur, de sang et de poésie. En tête d’affiche, le trio Brown qui a connu son heure de gloire dans les années 1950. Quand le génie de la plume rencontre celui de la musique…

L’exercice était périlleux : remonter aux sources de la musique américaine, de la country, sans sombrer dans un biopic convoquant de façon clinquante Nashville, Elvis Presley et des gloires déchues de la country ! Pas de flonflons, de chemises western, de bottes à franges ou de chapeaux de cow-boy. Dans Nashville Chrome, Rick Bass donne à entendre son propre son pour recréer une musique, une époque et l’épopée fraternelle de trois génies de la voix : les Brown. Maxine, Jim Ed et Bonnie sont réels, des musiciens en chair et en voix. Au début des années 1930, dans le sud de l’Arkansas, à Poplar Creek exactement, près de la frontière de l’État du Mississipi, Floyd Brown dirige une scierie dans la sueur, le sang et la misère. Problèmes économiques pendant la Grande Dépression, problèmes domestiques, accidents, alcool… la famille Brown paie le prix fort. Mais en se colletant à la dureté de la vie, en symbiose avec la nature, la forêt et le fleuve, les enfants Brown se forgent une voix parfaite. Leur talent s’épanouit au tempo de l’exploitation forestière paternelle. Ils affûtent leurs voix dans les « talent shows » avant de tomber sous la dictature d’un impresario qui entend le « cling » du tiroir-caisse avant d’entendre le « Nashville chrome » qui se déploie. Le succès est rapide. Le trio vit toujours pauvrement, enchaînant les tournées dans des conditions minables. Qu’importe ! Ils ont le feu et la voix, rencontrent Elvis Presley qui s’éprend de Bonnie. Puis Chet Atkins devient leur ami et producteur.

« Poor old lonesome lady »

Mais déjà leur étoile pâlit. Elvis est devenu le King. Le trio, qui a ouvert la voie au rock, à la pop, au folk, qui a influencé les Beatles et Johnny Cash, se sépare. Bonnie s’épanouit dans le mariage, Jim Ed a trouvé l’amour. Seule Maxine ne veut pas renoncer. Quand on a côtoyé les anges, la descente est rude. Nashville Chrome donne à Maxine et à ses proches la carrure de personnages de roman, traquant au plus près leurs émotions, leurs failles, leur génie. Rick Bass alterne le récit du parcours des Brown avec la vie de Maxine dans les années 2000. Sa vie privée est ratée : divorce, liaisons sans lendemain, enfants indifférents, jalousie… Maxine sombre dans l’alcool et la maladie tout en rêvant d’un retour triomphal. Âgée, vivotant de l’aide sociale, elle meuble ses journées en attendant le passage du chien des voisins. Mais Maxine n’a rien perdu de sa superbe. Si elle ne peut plus chanter, elle voudrait que l’on fasse un film sur elle et sur les Brown. Tous les autres ont eu leur film : Johnny Cash, Loretta Lyon, Jim Reeves, Chet Atkins. Alors pourquoi pas eux ? La fin du roman aurait pu être crépusculaire comme un vieux film mettant en scène une star du muet déchue. Rick Bass a préféré redonner à Maxine Brown une voix et une silhouette le temps d’un film tourné par un jeune ado, Jefferson Eads, petit génie précoce et décalé. Lorsque le film est projeté, Maxine est consacrée reine de la country… Forever !

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