Chronique Triburbia de Karl Taro Greenfeld

Béatrice PUTÉGNAT (Pages après pages - 75017 Paris)

C’est drôle, incisif et cruel. Le titre donne le ton. Triburbia, c’est l’association de Tribeca, quartier de New York où affluent bobos argentés et créatifs, mais le terme évoque aussi un bourbier, un lieu où l’on s’enlise, une situation difficile et inextricable. Tribeca est lui-même la contraction de Triangle Below Canal Street, nom d’un quartier sud de Manhattan où, dans les années 1990, d’anciens entrepôts ont été transformés en lofts que de nombreux artistes n’ont pas tardé à investir. Cependant, au royaume de la Grosse Pomme, le ver est toujours dans le fruit… qu’il se met à corrompre à un moment ou à un autre. Avec un regard d’entomologiste et un humour mordant, Karl Taro Greenfeld regarde gigoter cette mini-société, cette élite créative embourgeoisée qui rêve de réussite et de grandes écoles pour ses enfants. Le roman est construit sur le modèle d’une série télé existentielle et mordante. Le nom de chaque chapitre correspond à l’adresse des personnages et dresse successivement le portrait d’un ingénieur du son à la tête d’un studio d’enregistrement grâce à son mariage avec une riche wasp, d’un journaliste à succès aux mémoires truquées, d’un gangster juif, etc. Tous les matins, les pères de famille accompagnent leurs enfants à l’école et se retrouvent ensuite au bar pour un petit déjeuner entre hommes, où chacun donne son point de vue sur la vie de cette tribu urbaine et de ses affres amoureuses, domestiques, économiques et créatives. Les enfants sont à la fois les catalyseurs et les révélateurs des ambiguïtés des parents – l’agression d’une fillette va, par exemple, réveiller un racisme latent –, lesquelles se répercutent sur leur progéniture : les filles se comportent comme de féroces rivales dans la réussite et la course à l’image. Le roman plonge à l’intérieur du tourbillon de la vie d’une communauté urbaine très new-yorkaise. Et, comme à New York, la réputation d’un quartier se délite aussi rapidement que sa flambée, Greenfeld porte un regard nostalgique sur la tribu de bobos qui l’habite. Il donne à voir chacun des personnages tandis que leur monde change.

 

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