Chronique Le Lanceur de couteaux de Steven Millhauser

  • Steven Millhauser
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Chénetier
  • Coll. «Coll. « Les Grandes Traductions »»
  • Albin Michel
  • 01/02/2012
  • 200 p., 16 €

Béatrice Putégnat Librairie Pages après Pages, Paris 17e

Steven Millhauser plonge le lecteur dans un long rêve éveillé quasi cinématographique. L’écrivain, démiurge de notre déambulation fantastique, décoche ses flèches dans d’incessants allers-retours entre fantastique et réalité.

Un tapis volant, un homme marié à une grenouille… ça n’existe pas, ça n’existe pas, me direz-vous. « Et pourquoi pas ? », répond Steven Millhauser, flirtant avec le fantastique, interrogeant notre réalité et surtout sondant les abîmes de l’écriture, sa mise en scène, sa théâtralité. La nouvelle inaugurale, « Le lanceur de couteaux », plante d’emblée les enjeux du recueil : l’écriture, les rapports entre le réel et l’onirique qui nous montrent à voir l’invisible. Les artifices des tours du lanceur de couteaux démontent l’implacable machinerie de l’écrivain. Steven Millhauser plante ses mots dans notre esprit, incise notre conscience et notre perception faisant de son auditoire un Je et un Nous qu’il emmène au-delà du convenable dans une surenchère d’entorses à la morale et aux limites du bien-pensant et du supportable ! L’écrivain se drape dans les costumes les plus chatoyants et les plus inquiétants. Conteur de charme, historien, fait diversier, bateleur de foire ou lanceur de couteaux, il dresse un autoportrait de l’auteur en démiurge de nos émotions. Il fait de nous, lecteurs et spectateurs voyeurs de ses tours de passe-passe, les dupes et complices de son merveilleux, des effrois distillés par ses interrogations sur la nature, la culture, l’animal et l’humain. Un lanceur de couteaux, des automates, un tapis volant, une épouse-grenouille, une société secrète de jeunes filles, un parc d’attractions labyrinthique et souterrain, fascinant et repoussant… tout est trompe-l’œil et carton-pâte mais tout fait sens et est empreint d’une réalité tangible et angoissante. L’écriture met en scène le merveilleux. En douze nouvelles, Millhauser fait son cinématographe, délicieusement rétro à la façon d’un Méliès, fantastique visionnaire, ou d’un Fritz Lang, plus sombre, nous plongeant dans une verticalité vertigineuse, sondant les bas-fonds pour enchanter la surface, le quotidien. Le fantastique, l’incongru, le rêve sont à portée de main et d’esprit. Laissez-vous happer.

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