Chronique La Transparence et le reflet de Serge Bramly

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Béatrice Putégnat Librairie Lamartine (Paris 16e)

Dans un essai foisonnant et généreux, Serge Bramly révèle tout de notre rapport au verre. Une transparence qui bouscule notre vision de l’art ! Il raconte une véritable histoire des modes de pensée et des perceptions à travers le prisme d’un matériau omniprésent dans notre civilisation.

Une somme ! Il y a Elie Faure, Ernst Gombrich... Il faudra désormais compter sur Serge Bramly. Si La Transparence et le Reflet est présenté comme un essai sur le verre, son propos dépasse largement la thématique esthétique sur un matériau. En 500 pages rondement menées, illustrées, annotées, vous voyagez à travers le temps, l’espace, les civilisations, les arts, la philosophie, les religions, les techniques... Dans une écriture fluide, il analyse, décortique l’histoire de l’art et la vision « du modèle occidental ». En touche-à-tout malicieux, il nous embarque dans une véritable odyssée où la transparence du propos se joue de notre perception des critères esthétiques. Le hasard est parfois objectif. Serge Bramly, associant un esprit d’escalier à une passion et à une érudition qui semblent sans limite, nous plonge dans une réflexion presque encyclopédique en regardant le verre. Le petit bout de la lorgnette devient vision. Cette somme est née presque par hasard : « Mon intérêt s’éveilla... lorsqu’un photographe japonais me demanda une préface pour une série d’images qu’il venait de réaliser... Du verre photographié par un Japonais, cela sonnait, dans une perspective historique, comme une contradiction dans les termes, un double oxymore... À mesure que j’imaginais ma préface, mon intérêt s’étendit aux implications de l’absence ou de la présence du verre au sein d’une culture, et à l’influence qu’eurent cette absence ou cette présence sur son développement, sur son esthétique ». Ainsi dans Éloge de l’ombre (Verdier), Tanizaki déplore le déclin des valeurs japonaises au profit d’une modernité occidentale gorgée de lumière, de transparence. La rédaction d’une simple préface se transforme en une véritable histoire de l’art qui interroge les civilisations, la perception, et le modèle occidental. Si le verre est omniprésent dans l’art, l’architecture, les sciences, personne ne s’est intéressé à son histoire, à ses implications esthétiques. Des études existent sur ses techniques, ses applications, mais pour le reste, les mythes et la littérature sont muets : « Le verrier n’a personne, son art ne se rattache à aucune intention supérieure. Le verre ne naquit ni de la colère d’un dieu, ni des étoiles du ciel, ni de la faute d’une nymphe, ni des prunelles étincelantes du coyote... Pour ma part, aucune énigme ne m’étonne autant que la gloire modeste et prosaïque du verre ». Un silence surprenant pour un matériau qui a fait entrer l’Occident de plain-pied dans la modernité. Du Japon à la Chine, en passant par l’Egypte et Rome, Serge Bramly nous promène dans le temps et l’espace. Jusqu’à l’arrivée en Occident. Le Moyen Âge le sublime sous la forme de mosaïques et de vitraux, la Renaissance en fait un objet d’étude et soumet notre vision aux lois de l’optique. Quelles formes, quelles pratiques, quelles perceptions, quel éclat, quelle transparence pour demain ? La question est posée…

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