Chronique San Perdido de David Zukerman

Béatrice Putégnat Librairie Les Cyclades (Saint-Cloud)

Une pointe de réalisme magique, un fumet de conte cruel, un zeste de fable sociale : partez sur les traces du légendaire Yerbo Kwinton. Un Zorro mâtiné de Mandrin pour leur propension à défendre les pauvres contre les puissants. Une légende est née dans le terreau corrompu de San Perdido.

Pour son premier roman, David Zukerman s’empare d’un thème fort. « Qu’est-ce qu’un héros, sinon un homme qui réalise un jour les rêves secrets de tout un peuple ? » Il déroule une aventure époustouflante, gorgée de mystère, d’aventure, de complot, d’amour et de sensualité dans le Panama des années 1950. Le contexte historique et social sert de prétexte à l’action et au propos humaniste de ce roman. Dès les premières pages, le décor est planté. On y est ! Où ça ? À San Perdido, ville imaginaire et décharge à ciel ouvert, survivent quelques habitants liés par une solidarité muette. Ils grattent la terre, les tas d’ordures pour tenter de glaner quelque pitance. Travailleurs de force exploités, dockers, prostituées, tous ces laissés-pour-compte vivotent sous la coupe des puissants et des politiciens véreux. Ce sont des métis d’origine amérindienne et européenne, des descendants d’Espagnols, des mulâtres, des Amérindiens de souche, des Américains… San Perdido est le creuset d’une humanité qui raconte, à travers ses origines, l’Histoire du pays. De la conquête espagnole à l’arrivée des premiers esclaves africains, en passant par le scandale du canal du Panama, tout est là, en filigrane. Comme un décor de cinéma dans lequel l’intrigue peut se déployer. L’arrivée soudaine d’un jeune garçon mutique aux yeux bleus va bouleverser les règles. Très vite surnommé la langosta, Yerbo Kwinton fait montre d’une force étrange. Insaisissable, il agit dans l’ombre. Il est l’héritier d’une lignée de Cimarrons vivant en marge de la cité, au plus profond de la forêt. Yerbo fait justice. Venu en rédempteur, il mourra en héros. Mais un héros peut-il vraiment mourir ? Au fil de ses exploits, sa légende de défenseur des pauvres, des opprimés et des femmes se construit. Les femmes justement. Même bafouées, exploitées, elles restent fortes. La belle Hissa, battue et prostituée dès son plus jeune âge, trouvera sa place dans la maison de Madame puis l’amour. Yuma, la favorite du gouverneur, est une fleur envoûtante, vénéneuse, poussée au cœur de la décharge. Mais à côtoyer les grands, elle perdra de sa superbe. L’énigmatique Madame trouvera, elle, le chemin d’une certaine sérénité. Dans San Perdido, on roule en Buick Kustom, en Packard Super Eight, en cabriolet Hispano-Suiza K6 de 1935. Autant de détails qui nourrissent l’imaginaire du lecteur. Le décor se donne à voir, à respirer, sans étouffer, sous un pittoresque de pacotille. San Perdido est le premier texte publié de David Zukerman. Un conteur est né : laissez-vous emporter, il ne vous en coûtera que 15 balboas !

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