Chronique Le Piéton de Hollywood de Will Self

Par Béatrice Putégnat Librairie Pages après pages (Paris 17e)

De la marche comme psychanalyse et comme révélateur des signes du temps. En trois nouvelles satiriques, Will Self campe un double névrosé, marcheur pointant du doigt les travers de la création et de la société contemporaine.

Entrer dans les pas de Will Self, c’est un peu comme plonger dans un film de David Lynch. C’est visuellement et intérieurement labyrinthique. Le Piéton de Hollywood est un livre « tordu, décousu et mélancolique », dit l’auteur. Le lecteur est projeté dans un monde infini de références, de visions, de sensations intérieures, celles de Will himself. Sa prose surréaliste, ironique et survoltée explore les dédales de trois pathologies mentales : les tocs à l’aune du nanisme et de la création artistique contemporaine, la psychose et la maladie d’Alzheimer. Le tout disséqué et mis en scène par un narrateur-auteur-protagoniste brillant, cinéphile qui pointe du doigt toutes les dérives de la société contemporaine en évoquant les sectes, le star-système, diverses misères, les idéologies hallucinogènes et anxiogènes... Face au grand fatras de l’âme humaine et de ses avatars, Will Self marche et explore les territoires de la littérature et de la création. Une fois que vous avez mis le doigt dans les replis et les miasmes impudiques de son esprit (peut-être dérangé, certainement dérangeant), vous n’avez pas envie de décrocher. Il faudra vous frotter au délirant, à l’incongru, aux fantasmes, aux visions délirantes d’un esprit hautement perturbé, qui mène sa psychanalyse au rythme de ses élucubrations pédestres. L’écrivain marcheur décrypte les codes et les signes de son époque, de sa modernité. La ville et ses franges deviennent terrain d’observation et d’expérimentation d’écriture : « Toutes les œuvres de fiction représentent des territoires... que l’écrivain cartographie... Ce n’est qu’à la fin du voyage... qu’il comprend la nature de l’itinéraire qu’il a suivi. » Le Piéton de Hollywood est donc une déambulation sur les chemins de l’écriture. La fiction s’enrichit d’instantanés photographiques saisis par l’auteur, comme pour nous signifier que, dans la fiction, tout est vrai et que l’écriture est avant tout un jeu… de pistes.

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