Chronique Baby love de Joyce Maynard

Béatrice Putégnat Librairie Pages après Pages (Paris 17e)

Filles-mères paumées ou larguées, mal mariées par conformisme, prêtes à s’enferrer dans une union libre, les filles de Joyce Maynard n’ont déjà plus l’avenir devant elles. Sauf à prendre leurs cliques et leurs claques pour s’échapper vers une vie différente.

Premier roman de Joyce Maynard, Baby Love couvre plusieurs jours de la vie d’un groupe de jeunes filles dans le New Hampshire. Elles traînent leur ennui et leurs clichés de vie façonnés par les séries télé, dans la rue, à l’église. Elles sont jeunes, très jeunes. Elles se retrouvent enceintes après des rapports vécus dans l’ignorance (« chérie, il faut que je te prenne sinon ma queue va se pétrifier »), dans la moiteur d’une voiture, dans un champ, à la sauvette. Les petits copains comme les figures paternelles sont à leur image : pas bien dégourdis, un peu misogynes, beaucoup prolo. Les jeunes couples sont pris au piège des relations hommes/femmes d’un american way of life dont ils sont d’ores et déjà exclus. Les mères aiment leurs enfants comme des poupées animées qu’elles peuvent habiller, peigner, câliner et qui, le cas échéant, remplace le père pour une danse. Et quand le vague à l’âme et la solitude sont trop lourds à supporter, que les pleurs du bébé emplissent tout l’espace et toute la vie de Wanda, alors les coups partent, presque par inadvertance. Grossesse, sentiment maternel, amour… les personnages font sens et sensibilité. Les drames intimes se nouent sous couvert d’un point de vue sociologique. L’écriture suit les rêves et les errances psychologiques et sentimentales. Les perspectives sont minces dans une Amérique où les tueurs en série hantent l’imaginaire des femmes esseulées, lesquels s’échappent un jour réellement de prison pour les happer. Une Amérique formatée par la pub, les séries télé et les magazines people. Joyce Maynard épingle en détail ces signes des temps : couches en promo, produits de beauté, tubes musicaux, cocaïne pour les plus riches. Dans cette débauche consumériste et pauvre en sentiments, Tara décide, elle, de rejoindre une communauté. La voie du bonheur ou une nouvelle impasse ?

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