Dossier Tympans et portails romans de Michel Pastoureau, Vincent Cunillère

Béatrice Putégnat Librairie Pages après pages (Paris 17e)

Les christianismes vus par la lorgnette éclairée de Jean-Pie Lapierre, un inventaire des tympans et portails romans qui nous laisse à la porte des églises, un livre sur le bâti religieux français après 1905. Autant d’ouvrages où art et religions jouent l’union sacrée, pour le plaisir des yeux et de l’esprit !

Du gros et grand œuvre ! D’abord quantifier l’ampleur du « bébé » : trois volumes, 2 688 pages, 1 700 illustrations en noir et blanc et 110 en couleurs, réparties au sein de huit cahiers hors-texte. Le Musée chrétien de Jean-Pie Lapierre est déjà, dans sa forme, assez incroyable. Pendant plus de trente ans en charge de collections de livres religieux et historiques au Seuil, l’auteur maîtrise son sujet, ses sources et son iconographie. Son but ? Rassembler et analyser en une œuvre unique et magistrale ce qui est visible et audible des christianismes d’Orient et d’Occident dans la pluralité de ses représentations. Aux catégories habituelles de l’iconographie chrétienne (héros, anti-héros, événements de l’Ancien et du Nouveau Testament, les saints et histoires de l’Église), ont été ajoutés des personnages légendaires, historiques, orthodoxes ou hérétiques… Et si l’attention est d’abord portée sur les arts plastiques traditionnels (gravure, dessin, peinture, sculpture), Jean-Pie Lapierre nous offre également des incursions du côté de la caricature, de la bande dessinée, de la photographie et du cinéma. La virilité d’Abélard, souvent sujette à plaisanterie, est traitée par un dessin humoristique d’Umberto Eco. Le film, Le Fils du désert de John Ford, illustre les thèmes des rois mages, de la rédemption. L’ensemble est complété par un répertoire-index faisant du Musée chrétien un outil indispensable à la compréhension des œuvres exposées à l’intérieur des musées, des églises, etc. Michel Pastoureau nous fait pénétrer dans l’art roman en nous laissant sur le pas de la porte des églises. Et s’intéresse essentiellement aux tympans. Le tympan est l’un des principaux supports de la porte où se déploie la sculpture romane. Il est à admirer en corrélation avec les décors du trumeau, du linteau, des colonnes… tous les éléments constitutifs du portail, véritable transition entre les mondes profane et sacré. Son exécution artistique est confiée à des artisans talentueux. Leur travail a des visées didactiques, cultuelles, liturgiques, voire pédagogiques, puisque les fidèles ne savent pas toujours lire. L’iconographie est, en partie, influencée par la grande réforme dite grégorienne. Elle met en scène la lutte du Bien contre le Mal pour inciter à renoncer aux péchés et exhorter à la conversion. Particulièrement frappante, par exemple, la sculpture du péché de luxure à Moissac. Une femme adultère, nue et souffrante, est torturée par un démon assisté de crapauds, tandis que des serpents lui sucent les seins ! Dans son introduction, Michel Pastoureau dresse un panorama de l’art roman : signification, programmes iconographiques, bestiaire. Il interroge notre regard nourri par d’autres formes artistiques. L’auteur rappelle toutefois que celui de l’historien d’art doit « éviter tout anachronisme, celui du savoir comme celui du voir ». Il invite à une revue de détail des tympans et portails en Aquitaine, en Poitou, en Auvergne, en Limousin, en Bourgogne, en Languedoc et en Provence, entre la fin du xie siècle et les dernières décennies du xiie siècle. Les photos de Vincent Cunillère s’épanouissent dans un format à l’italienne. Les légendes situent, décortiquent les sculptures ! Dans Patrimoine sacré, Paul-Louis Rinuy s’intéresse aux bâtiments cultuels construits depuis le début du xxe siècle. Il porte un regard qualitatif et patrimonial sur ces lieux estimés environs à six mille. Un patrimoine, encore et toujours, au cœur des enjeux de la société et de l’histoire de France. En effet, cathédrales, mosquées, synagogues, pagodes, temples bouddhistes ou protestants, « ne peuvent se comprendre et s’analyser en dehors de la ville, du paysage, du lieu géographique et historique dans lesquels leur projet architectural et leur présence plastique s’imposent ». Plus de soixante édifices remarquables sont présentés, toutes confessions confondues. Les architectes et les artistes les plus célèbres ont collaboré à leur édification. Pour l’église du Sacré-Cœur à Audincourt, dans le Doubs, l’affiche regroupe Maurice Novarina (architecte), Fernand Léger, Jean Bazaine, Jean Le Moal, Dom Pierre Cholewska, André Borderie (peintres), Jean Barillet (peintre verrier) et Étienne Martin (sculpteur). Le reportage photographique de Pascal Lemaître restitue les spécificités de ces sanctuaires d’aujourd’hui. En fin d’ouvrage, un répertoire présente l’intégralité des lieux de culte des xxe et xxie siècles qui ont fait l’objet d’une mesure de protection (classement, inscription, label).

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