Chronique Tout ce dont on rêvait de François Roux

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Emmanuelle George Librairie Gwalarn (Lannion)

En 2014, François Roux nous avait enthousiasmés avec son roman Le Bonheur national Brut (Le Livre de Poche), un récit générationnel pertinent et passionnant. Son nouveau roman est tout aussi réussi. Une histoire de famille contemporaine à travers laquelle se dessine le portrait sans concessions de notre société.

Dans les années 1990 à Paris, Justine a 25 ans. Déjà déçue par les hommes, à commencer par son propre père qui l’a toujours dénigrée, elle se perd dans de vaines relations amoureuses. Quand elle rencontre Alex, un beau jeune homme désinvolte, elle croit à tord au grand amour et sa déconvenue est plus grande encore. Vingt ans plus tard, elle est mariée avec Nicolas, le frère aîné d’Alex. Un « gars » gentil et solide, qui a rapidement pris en charge son propre frère suite à la mort accidentelle de leurs parents. C’est avec cet homme de confiance qu’elle a eu deux enfants, désormais adolescents. Un couple, un foyer, un emploi qui la passionne et où elle met en œuvre ses idéaux. Sa vie semble plutôt confortable. Elle a tout ce dont elle rêvait des années auparavant. Soudain, le licenciement de son mari à l’aube de la cinquantaine provoque et renforce une série de crises, à la fois conjugales et familiales. Au chômage, Nicolas le solide peine à rebondir en dépit de ridicules séances de relooking et de coaching bidon. Il chancelle. Justine aussi. Leur bonheur tranquille vacille. Cet « accident » de la vie bouscule les certitudes de Justine, la confiance en soi de Nicolas, et réveille de vieux conflits que chacun avait tenté d’apaiser. La colère et la rancœur de Justine se ravivent. Envers son père, ancien soixante-huitard aigri et hargneux qui s’est tourné vers le Front national, envers sa mère, aux allures de femme soumise cultivant les secrets. Envers Alex, son beau-frère, l’immature et le gigolo de service. Cependant, n’y a-t-il pas auprès d’Adèle, leur fille de 17 ans, un espoir d’apaisement ? Dans ce nouveau roman aux allures de feuilleton, François Roux ausculte avec pertinence et truculence la vie et les sentiments de trois générations de Français ordinaires. Trois générations qui se côtoient mais ne se ressemblent pas et se comprennent mal. La première, celle du combat et du militantisme, n’a sans doute pas été jusqu’au bout de ses rêves et se retrouve coincée entre amertume et renoncement. La seconde, désenchantée, portant en elle ces déceptions, est en panne d’idéaux, coincée entre la crise, l’injonction de trouver du travail, la société de consommation. Enfin, la dernière, celle du numérique et des réseaux sociaux, essaie d’autres formes d’engagements et semble plus confiante. À travers une galerie de personnages aussi variés que touchants, et la chronique de leurs rapports tumultueux – bien au-delà, aussi, de la réflexion sur le poids de la famille et de ce qu’elle nous transmet, en n’omettant rien des crises et enjeux économiques, sociologiques, idéologiques et psychologiques de notre époque –, François Roux dresse le portrait doux-amer de notre société. Ni défaitiste, ni moraliste, ce roman invite à s’interroger sur nos priorités de façon pragmatique, et à prendre de la distance. Une exhortation à réfléchir sur sa vie, sur soi… sans oublier les autres.

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