Chronique Les Séparées de Kéthévane Davrichewy

Emmanuelle George Librairie Gwalarn, Lannion

Auteur du remarquable roman La Mer Noire (Sabine Wespieser, 2010), Kéthévane Davrichewy livre dans Les Séparées une magnifique histoire d’amitié. Une tendre et douloureuse, troublante et si juste histoire de sentiments.

Il y a trente ans, c’était les meilleures amies du monde. En 1981, Alice et Cécile avaient 16 ans et beaucoup d’espoir dans leur présent comme dans leur avenir. Elles avaient surtout beaucoup foi en leur amitié passionnée et fusionnelle. Aujourd’hui, elles en ont 30 de plus et se sont perdues de vue, voire même un peu fâchées pour des broutilles. Alice est sous le choc d’une rupture conjugale inattendue et Cécile est plongée dans le coma suite à un accident de voiture. Ici, chacune à sa façon, avec ses forces et ses faiblesses, se raconte ou raconte l’autre au passé comme au présent. Dans l’entrelacement de leurs deux récits, il apparaît que ce sont leurs différences comme leurs passions communes qui les lient. Évidemment, elles reviennent sur leur aventureuse complicité, leurs premières comme leurs grandes amours, l’histoire légère et grave de leur famille. Sans oublier leurs histoires de fringues et de coiffures, leur goût pour la musique, le cinéma, le théâtre, leur passion pour la littérature. En toile de fond, le monde politique et social évolue. Elles s’engagent dans les études, la vie professionnelle, puis il est question de mariage, d’enfants. Les années passent, ponctuées de bonheurs, de peines, d’accidents, d’actes et de rendez-vous manqués. Inexorablement se multiplient les non-dits, les renoncements, les petits et grands mensonges. Ce n’est pas nouveau en amitié, déclinaison particulière de l’amour. Comme les sentiments sont complexes ! Pourtant, ce qui est remarquable ici, c’est le talent littéraire de Kéthévane Davrichewy pour rendre si sensible l’histoire de cette amitié aussi forte que fragile. Dans son roman, maîtrisé et troublant, se déploient la passion, l’exclusivité et la fusion, comme s’insinuent la méprise, l’éloignement et la négligence. Toute une histoire pour aboutir à la perte de l’autre ? Ce serait négliger l’univers qui gravite autour des voix d’Alice et Cécile. Aussi complexe, subtil et passionnant que leur amitié !

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