Chronique Heurs & malheurs du sous-majordome Minor de Patrick Dewitt

  • Patrick Dewitt
  • Traduit de l’anglais (Canada) par Emmanuelle Aronson et Philippe Aronson
  • Actes Sud
  • 01/03/2017
  • 400 p., 23 €

Emmanuelle George Librairie Gwalarn (Lannion

Le nouveau roman de Patrick deWitt a des allures de conte gothique et de fable humaniste. Et la farce est fantasque, irrévérencieuse, grinçante ! Suivre les aventures du jeune Lucien Minor, un sous-majordome inexpérimenté, candide et un peu malchanceux, c’est se délecter d’un antidote à la morosité littéraire.

À première vue, nul ne peut envier le sort de Lucien Minor, surnommé Lucy. Vieil adolescent souffreteux, mal-aimé par une mère indigne, le jeune adulte est même déjà malheureux en amour. Malchanceux en général, naïf sur bien des points, il voudrait bien que quelque chose lui arrive et vienne briser son ennui. Quand il apprend qu’il est embauché comme sous-majordome au château Von Aux, l’espoir renaît forcément dans son corps chétif et son esprit simplet. Pour prendre ses fonctions dans cette mystérieuse demeure, il doit s’y rendre en train. Le baluchon est rapide à faire : un costume râpé et une pipe (dont il ne sait pas se servir !), bien tristes et minables attributs d’un apprenti gentleman. Le voyage ? Catastrophique ! Vol, mensonge, mauvaises rencontres, couardise… Lucy, anti-héros attachant par excellence, est à nouveau désabusé. Au château, l’accueil de l’énigmatique M. Olderglough, son supérieur, est un régal de déconvenues et de quiproquos. Lucy prend officiellement ses fonctions et la succession d’un certain M. Broom. Dans cette vaste demeure, la poussière, l’obscurité, la décoration, et même d’étranges bruits ne laissent pas présager grand-chose de bon. Agnès la cuisinière, aussi autoritaire qu’incompétente en matière culinaire, le rudoie et confirme les mises en garde du fantasque M. Olderglough. À ce poste, il faut savoir rester discret et ne pas poser de question notamment sur l’absence des maîtres des lieux. Il faut absolument s’appliquer à faire des courses de qualité au village et s’évertuer à les payer sans un sou en poche. Ici, il faut se taire souvent, dépoussiérer parfois… Et toujours rejoindre sa chambre tôt le soir, en veillant de bien s’y enfermer à clé et ne pas en bouger ! Soudain, comme dans un conte de fées, une rencontre illumine le morne quotidien de Lucy. C’est ainsi que Klara l’enchanteresse entre en scène. Ce n’est pas si simple pourtant au regard des us et coutumes de sa famille et de son prétendant officiel. Et toujours, alors qu’il parvient à savoir qui lui a volé sa pipe qui disparaît régulièrement, Lucy se pose la question : où sont donc le Baron et la Baronne Von Aux ? Et que font-ils ? Les mésaventures du jeune sous-majordome Minor ne font que commencer et réservent bien des surprises. On y croise des voleurs de talent, des joueurs qui trichent souvent, des amoureux éconduits ou épanouis, des gouailleurs, des malins, des aristocrates aux mœurs singulières et même un « Très Grand Trou », etc. Dans ce roman aventureux et irrévérencieux, frissons, rires et plaisirs pimentent la quête improbable, cruelle et drôle d’un jeune niais au pays des adultes. Ponctués de courts chapitres énergiques, ce roman aux allures de conte traditionnel « façon frères Grimm », revu et visité par la plume piquante et l’intelligence fantaisiste de Patrick DeWitt, est aussi un peu gothique et noir, excentrique à souhait, humaniste pourtant. Les rebondissements sont nombreux et surprenants, les dialogues savoureux et piquants, la comédie est farfelue et servie brillamment.

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