Chronique Nous les Eitingon de Mary-Kay Wilmers

Emmanuelle George Librairie Gwalarn (Lannion)

Qu’on soit féru d’Histoire du xxe siècle ou d’histoires de famille hors normes, le récit fouillé et documenté de Mary-Kay Wilmers ne peut que réjouir. Elle y retrace la vie surprenante de ses grands-oncles Eitingon.

Mary-Kay Wilmers est une journaliste britannique chevronnée. Elle fait partie d’une famille importante du xxe siècle, les Eitingon. Cette famille doit d’abord sa richesse considérable à Chaïm, descendants de marchands juifs installés en Biélorussie, et qui partit en 1891 travailler à Leipzig comme négociant en fourrure. Il y fit fortune. Le premier à prendre la relève dans cette entreprise florissante, c’est Motty, qui étendra son empire jusqu’aux États-Unis où il s’installe en 1929. Comment a-t-il réussi à continuer à s’approvisionner pour demeurer le principal importateur de fourrures tant convoitées par les élégantes Occidentales ? Mary-Kay Wilmers laisse entendre que l’explication se trouve peut-être du côté de chez Leonid, le deuxième Eitingon célèbre, surnommé par son biographe « l’Épée vengeresse de Staline ». Autrement dit, un cousin éloigné, talentueux agent secret soviétique qui pilota sans doute l’assassinat de Trotski. Or, comme dit si bien le proverbe : jamais deux sans trois. Nous voilà donc également emporté par le destin de Max Eitingon, qui rentra très jeune dans le cercle des proches de Freud dont il admira le travail et finança largement les projets. Toutefois, lui aussi eut sa part d’ombre et de secrets… Tour à tour biographe, détective et historienne, mais aussi fille, petite-fille, petite-nièce d’une famille fortunée, engagée, compromise… Mary-Kay Wilmers sait jouer des faits avérés, des secrets, de la réalité et du fantasme pour livrer une singulière saga familiale. Mary-Kay Wilmers conclut son travail colossal et remarquable (assorti de notes et d’une longue bibliographie) par cette phrase (qui commente la véritable année de naissance de sa propre mère) : « On n’est pas vraiment un Eitingon si l’on n’a pas une dernière carte dans sa manche. » Une phrase qui sonne comme un ultime détail dont l’écho peut retentir longtemps, un dernier clin d’œil malicieux à cette grande fresque historique et familiale.

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