Chronique J’ai vu un homme de Owen Sheers

  • Owen Sheers
  • Traduit de l’anglais par Mathilde Bach
  • Rivages
  • 26/08/2015
  • 352 p., 21.50 €

Emmanuelle George Librairie Gwalarn (Lannion)

D’une efficacité redoutable, J’ai vu un homme est le deuxième roman traduit en français du jeune auteur britannique Owen Sheers. Sous tension dès les premières pages, son atmosphère trouble lui confère des allures de thriller.

« L’événement qui bouleversa leur existence survint un samedi après-midi de juin, quelques minutes à peine après que Michael Turner, croyant la maison des Nelson déserte, eut franchi le seuil de la porte du jardin. » C’est ainsi que débute le roman. Le malaise s’installe. Que vient faire ce Michael dans la maison de Josh et Samantha, ses voisins ? Récupérer un outil ? Pourquoi la porte d’entrée est-elle ouverte ? Et pourquoi déambuler de pièce en pièce, s’attardant ici ou là devant des photos, des détails du quotidien ? Progressivement l’huis clos se met en place. Michael apparaît comme un homme meurtri, un rien perturbé. Journaliste à New York, il a quitté précipitamment les États-Unis après le décès de sa femme, reporter de guerre tuée au Pakistan, et semble trouver à Londres, dans ce quartier cossu, réconfort et apaisement auprès de nouveaux amis et relations de voisinage. À mesure qu’il arpente cette maison, son passé, son chagrin, de nombreux questionnements envahissent ses pensées. Le passé et la douleur refont surface. Progressivement, en quelques flash-back, l’histoire de chaque personnage se dévoile. Forcément, des zones d’ombre subsistent, mais peu à peu, des confessions, des histoires de famille et de couples, des lettres de remords, des faux-semblants rythment et renforcent la tension narrative de ce page-turner énigmatique et diaboliquement maîtrisé. À la fois sensible et émouvant roman sur l’amour, le deuil, la culpabilité et la rédemption, ce texte réserve quelques rebondissements dignes des meilleurs thrillers. Le mensonge, la trahison, la manipulation y ont donc forcément leur place. Noir et dérangeant comme un drame de David Vann, trouble et captivant comme une intrigue de Laura Kasischke, le roman d’Owen Sheers vous tient littéralement en haleine jusqu’à la dernière phrase.

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