Chronique Adultère de Yves Ravey

Emmanuelle George Librairie Gwalarn (Lannion)

Minimaliste, cinématographique, hypnotique, le nouveau roman d'Yves Ravey est un régal. Une intrigue faussement banale, une atmosphère tendue, des personnages troubles, une prose ciselée : du grand art !

Adultère est un roman fulgurant et surprenant. Certes Yves Ravey n'en est pas à son premier coup de maître et il possède un talent fou pour nous offrir, en à peine plus d'une centaine de pages, du travail d'orfèvre. Ici, il met en scène un drame et une enquête. Surtout, il les donne à voir d'un seul point de vue à travers la narration d'un seul homme : Jean Seghers. Un narrateur qui cumule les soucis. Il est le gérant d'une station-service en faillite qui pourrait bien être reprise par un ami, président du tribunal de commerce. Il est le patron d'un mécanicien-veilleur de nuit qui le presse de lui verser ses indemnités de licenciement. Il est le mari d'une femme qu'il soupçonne d'infidélité. Il n'en faudra donc guère plus pour que tout dérape. Concis et percutant, sans fioritures et très cinématographique, ce roman se savoure ou se dévore, selon les appétits, avec délectation. L'intrigue, quasi à huis clos est presque banale ; les personnages sont esquissés en quelques traits et pourtant troubles ; les dialogues alimentent un malaise qui va crescendo. Jusqu'à la dernière page, tout est dense et mouvant à la fois, car Yves Ravey s'amuse à brouiller les pistes avec des lieux à peine cités, des prénoms aux consonances étonnantes. Il s'en tient aux gestes, aux paroles comme aux silences. Sans compter qu'il y a une fouine dans l'affaire : une inénarrable Brigitte Hunter, experte en assurances, tenace et perspicace. Ce roman d'atmosphère où non-dits et suggestions accentuent un suspense croissant est un exceptionnel mélange de genres. Polar noir, thriller, comédie dramatique ? Pourquoi choisir quand il s'agit d'art littéraire ? Celui d'Yves Ravey est d'aller à l'essentiel, cultiver magistralement l'épure, tant au niveau du propos que du style. Du grand art. Jusqu'à la dernière phrase.

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