Chronique La Rose de Saragosse de Raphaël Jerusalmy

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Emmanuelle George Librairie Gwalarn (Lannion)

Dans son nouveau roman, Raphaël Jerusalmy nous convie à Saragosse, à la fin du XVe siècle, alors que l’Inquisition sème la terreur. Entre aventure, mystère, religion et art, la verve et l’érudition inspirante de l’auteur de La Confrérie des chasseurs de livres et de Sauver Mozart (Babel) sont au rendez-vous.

Automne 1485. L’inquisiteur de Saragosse est assassiné. Torquemada, qui vient d’être investi du titre de Grand Inquisiteur pour toute l’Espagne, découvre sur les façades de la ville des affiches qui se moquent de ce crime. « L’infâme placard est signé d’une rose épineuse, discrètement placée en marge. En une claire provocation. » Le Grand Inquisiteur promet une prime pour capturer les meurtriers et bien plus pour quiconque fournira une information sur l’auteur de cette affiche. Dès le début du roman, le ton est donné car « Torquemada, qui méprise aussi bien les courtisans de Madrid que les évêques de Rome, voue une haine acerbe aux artistes que ceux-ci protègent. Les images de Dieu qu’il voit sur les fresques des basiliques et des palais l’exaspèrent. Elles puent la vanité, faisant étal de la magnificence de leurs commanditaires plutôt que de celle du Seigneur. Si le Grand Inquisiteur exècre tant les peintres illustres du royaume, c’est qu’ils se posent tout comme lui en représentant de la foi et disputent à l’Église l’emprise qu’elle a sur les âmes. » Angel de La Cruz, une brute notoire, un indic à la solde du plus offrant toujours accompagné de son chien hideux et baveux, entre alors en scène. « Les portraits sont la spécialité d’Angel. Et son gagne-pain. Il croque des signalements pour la police. De fugitifs, d’hérétiques, de brigands dont la tête a été mise à prix. C’est l’avantage qu’il a sur les autres mouchards. Celui de pouvoir représenter un suspect plutôt que d’avoir à le décrire en paroles. Et de le rendre innocent ou coupable selon l’expression, effrayante ou débonnaire, qu’il lui colle sur la face. » Pour mener à bien sa nouvelle mission, le rustre hidalgo traque et courtise une famille de nobles juifs récemment convertis et fait la connaissance de Léa, jeune fille du seigneur Ménassé de Montessa dont le charme et le raffinement, le caractère et l’intelligence pourraient bien perturber ses desseins. En effet, la jeune femme est aussi artiste que déterminée. Aurait-elle un lien avec toute cette affaire d’affiches ? « Léa préfère le burin, la poigne qu’il exige. L’encre plutôt que les artifices des pigments et des vernis. Et qu’il n’est pas nécessaire d’étaler partout. Le peintre doit recouvrir son panneau, jusque dans les moindres recoins, en cacher le bois nu. Alors que le graveur, lui, n’est point esclave du plan qu’il travaille. Il peut y laisser des blancs, des non-dits. Des aires de liberté. » Dans ce nouveau court roman, Raphaël Jerusalmy met en adéquation son style avec son propos sur l’Histoire et les arts. Pour mettre en scène les rebondissements de son intrigue et orchestrer les secrets de cette joute artistique contre la tyrannie, sa plume est alerte et incisive. Toujours aussi talentueux pour planter un décor, croquer un personnage, il écrit comme avec un pointeau de graveur. Conteur d’exception, il ponctue son texte de silences, laisse des blancs pour mieux faire apparaître les reliefs, les contours, mieux donner à voir.

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