Chronique La Décision de Britta Böhler

  • Britta Böhler
  • Traduit de l’allemand par Corinna Gepner
  • Coll. «Coll. « La Cosmopolite »»
  • Stock
  • 20/08/2014
  • 208 p., 18.50 €

EMMANUELLE GEORGE, Librairie Gwalarn, Lannion

Doit-on séparer la sphère intellectuelle et artistique du politique ? L’artiste a-t-il le droit de cultiver une intériorité étrangère à la politique ? La question s’est posée pour le grand maître allemand Thomas Mann.

Dans ce premier roman, Britta Böhler invite à explorer la vie intime de Thomas Mann à travers trois jours qui vont marquer sa vie. De Thomas Mann, on connaît la figure littéraire, prix Nobel en 1929. Ici, la romancière propose de découvrir l’intimité de l’homme à un moment de sa vie où il est le plus fragile, c’est-à-dire quand il est parti d’Allemagne en 1933 pour ce qu’il croyait être un voyage d’agrément en Suisse et sans dire adieu à sa patrie. Or le livre commence en février 1936 à Zurich et le romancier supporte mal son exil. Sous la pression de son entourage, il se résout à publier une lettre de protestation contre le régime nazi dans le Neue Zücher Ziung un des plus importants journaux de langue allemande de l’époque. Le roman s’ouvre le jour où Thomas Mann dépose cette lettre à la rédaction : « Avec un frisson, il avait repensé à cette parole prophétique de Heine : ce n’était qu’un prélude, là où l’on brûlait des livres, on finissait par brûler des gens ». Mais le rédacteur en chef qui doit prendre connaissance de sa lettre avant publication est souffrant et sera absent trois jours. La publication sera donc retardée. Trois jours de terrible doute pour l’écrivain. Thomas Mann se révèle dans sa fragilité. En exil, ses amis, les honneurs et sa maison familiale lui manquent. Il sait que publier cette lettre signifie tourner le dos à l’Allemagne pour toujours et aussi perdre ses lecteurs. Et qu’est-ce qu’un écrivain sans ses lecteurs ? Et un père qui mettrait en péril la vie des siens ? En tant qu’homme, père et citoyen, sa décision, aussi difficile soit elle, est finalement sans appel, car « lorsqu’on hait le mal de toute son âme, on devra dire adieu à son pays natal. » Voici un roman aussi tempétueux qu’incisif. À découvrir !

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